ČOLIĆ Velibor

Bosnie

10 mai 2020.

C’est sans doute la guerre qui a fait de Velibor Čolić, né en 1964 en Bosnie, dans une ville qui aujourd’hui n’existe plus, un écrivain à part entière. Enrôlé de force dans l’Armée bosniaque aux pires moments de la guerre, il est témoin des abominations commises dans les tranchées et les villages « ethniquement purifiés ». Réfugié en France, il s’attache à combattre, par la littérature, le désarroi extrême de ceux qui ont vu abolir toute humanité en l’homme. Lui qui, lors de son tout premier cours de français, avait inscrit « Goncourt » dans la case « projet de vie », rend dans ces récits un formidable hommage à la langue française. Dans son dernier roman, il partage le terrible sentiment de déréliction et l’errance sans espoir des migrants, à travers le récit de son propre exil. Texte à la fois déchirant et plein de fantaisie, Velibor Čolić nous plonge dans les désirs et les peurs de ceux qui n’ont pu rester chez eux.

 

Après un ouvrage foudroyant sur la folie des années 1990 (Jésus et Tito), ce fan de rock et de jazz continue d’explorer les Balkans avec Sarajevo Omnibus . En 2014 paraît Edelerzi, comédie dite pessimiste où la réincarnation au fil du siècle d’un fameux orchestre tsigane composé de musiciens virtuose. Son Manuel d’Exil, publié en 2016 a été traduit dans de nombreuses langues à travers l’Europe. En 2018 il publie un texte dans l’ouvrage collectif Osons la fraternité (Phiippe Rey, 2018) et participe aux journées scolaires du festival.

C’est sans doute la guerre qui a fait de Velibor Čolić, né en 1964 en Bosnie, dans une ville qui aujourd’hui n’existe plus, un écrivain à part entière. Jeune chroniqueur radiophonique, il déserte l’armée croato-bosniaque en 1992, puis est fait prisonnier avant de réussir à s’enfuir. Réfugié en France, il vit longtemps à Strasbourg, où il travaille dans une bibliothèque et collabore aux Dernières nouvelles d’Alsace.

D’abord auteur de plusieurs ouvrages en serbo-croate, traduits en français par Mireille Robin, Archanges (roman a capella) est le premier ouvrage de Velibor Čolić écrit directement en français. Installé désormais à Douarnenez, en Bretagne, ce passionné de rock et de jazz (comme en atteste Perdido, biographie imaginée de Ben Webster, saxophoniste ténor de Duke Ellington), organise régulièrement des lectures publiques avec des amis musiciens. Le sous-titre « roman a capella » vient démarquer Archanges de ses autres romans : il est le seul à ce jour qu’il ait écrit sans musique.

Inspiré par sa propre histoire, Velibor Čolić revient sur les années de guerre qui ensanglantèrent les Balkans. Dans Jésus et Tito, ouvrage foudroyant sur la folie des années 1990 il égrène les souvenirs de son pays natal comme on feuillette un album-photo. Avec Sarajevo Omnibus, il remonte plus loin dans l’histoire de son pays, véritable poudrière qui enflamma l’Europe en 1914. Autour de la figure de Gavrilo Princip, le jeune serbe qui assassina l’archiduc François-Ferdinand, se déploie une riche constellation de personnages. Curés, rabbins et imams, officiers russes et prix Nobel se côtoient dans un roman à l’image des Balkans : infiniment complexe, mais irrésistiblement vivant.

En mai 2014 paraît un "roman tsigane", comédie dite pessimiste, l’histoire, à travers le XXe siècle, d’un fameux orchestre tzigane composé de musiciens virtuoses, buveurs, conteurs invétérés, séducteurs et bagarreurs incorrigibles… qui ne cesse de se réincarner, des camps de la mort en 1943, au drame de l’ex-Yougoslavie et jusque dans la "jungle" de Calais en ce début de XXIe siècle. Le roman de Velibor Čolić restitue merveilleusement la folie de la musique tzigane, nourrie de mélopées yiddish, de « sevdah » bosniaque, de fanfares serbes ou autrichiennes, une musique et une écriture pleines d’insolence, au charme sinueux et imprévisible. Les réincarnations successives d’Azlan font vivre avec bonheur la figure du Rom errant éternellement, porté par un vent de musique et d’alcool, chargé des douleurs et des joies d’un peuple comparable à nul autre.

Velibor Čolić revient en 2016 pour nous raconter ses premières années d’exil, de 1992 à 2000. Il aborde ce sujet d’une grande actualité avec une écriture poétique, pleine de fantaisie et d’humour absurde, de fulgurances, de faux proverbes, de paradoxes, d’aphorismes comiques (« L’an dernier j’étais encore un peu prétentieux, mais cette année je suis parfait »). On y croise quelques femmes (rencontres sans avenir, souvent amères) et des personnages hauts en couleurs, notamment des Roms qui, à Rennes comme à Budapest, s’inventent un art de vivre à base de système D et de fatalisme roublard. Velibor Čolić décrit sans apitoiement la condition des réfugiés, avec une ironie féroce et tendre. En 2018 il publie un texte dans l’ouvrage collectif Osons la fraternité (Phiippe Rey, 2018).

Dans son dernier roman, le livre des départs, il partage le terrible sentiment de déréliction et l’errance sans espoir des migrants, à travers le récit de son propre exil. Texte à la fois déchirant et plein de fantaisie, Velibor Čolić nous plonge dans les désirs et les peurs de ceux qui n’ont pu rester chez eux.


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Le livre des départs

Gallimard - 2020

« Je suis un migrant, un chien mille fois blessé qui sait explorer une ville. Je sors et je fais des cercles autour de mon immeuble. Je renifle les bars et les restaurants ».

Velibor Čolić, à travers le récit de son propre exil, nous fait partager le sentiment de déréliction des migrants, et l’errance sans espoir de ceux qui ne trouveront jamais vraiment leur demeure. Il évoque avec ironie ses rapports avec les institutions, les administrations, les psychiatres, les écrivains, et bien sûr avec les femmes, qui tiennent une grande place ici bien qu’elles aient plus souvent été source de désir ardent et frustré que de bonheur. Son récit est aussi un hommage à la langue française, à la fois déchirant et plein de fantaisie.