RFI était avec Étonnants Voyageurs à Port-au-Prince : réécoutez les émissions de Sophie Ékoué

14 février 2012.
 

Un épisode de Littérature sans frontières consacré au festival Étonnants Voyageurs en Haïti : "Cette édition d’Étonnants Voyageurs en Haïti rend hommage au poète Georges Castera sur une île où la poésie demeure un art majeur..."

L’émission Culture vive du lundi 8 février : "Grâce à l’obstination de trois écrivains, Dany Laferriere, Michel Lebris et Lyonel Trouillot, le festival Etonnnants Voyageurs est revenu en Haïti, du 1er au 4 février 2012. Une soixantaine d’écrivains ont fait le voyage et se sont rendus dans neuf villes du pays, rencontrer lycéens et public du livre. Une belle démonstration que la culture fait partie de la reconstruction des esprits dans un pays où le séisme a détruit les murs, mais aussi fracassé les hommes..."

 

DERNIER OUVRAGE

 

L’exil vaut le voyage

Grasset - 2020

Voici Dany Laferrière dans tous ses exils. Obligé de fuir Haïti à l’âge de 23 ans sous les aboiements d’une meute de chiens, il entame une vie d’exils, de Miami à Paris en passant par le Brésil, sans avoir jamais vraiment quitté Montréal.

Après l’Autoportrait de Paris avec chat, Dany Laferrière approfondit la veine du roman dessiné et écrit à la main. L’Exil vaut le voyage offre un point de vue original sur le sentiment de l’exil : est-ce une expérience aussi terrible qu’on le dit ? En revenant sur ce qu’on croit à tort une fatalité, Dany Laferrière nous dit combien les pérégrinations obligées, si on les accueille en ouvrant les yeux et l’esprit, nous enrichissent. Quelle occasion de rencontres nouvelles, avec des écrivains, des femmes et des chats ! Le monde regorge de richesses, et ce livre nous les fait découvrir avec charme et humour, mais aussi, parfois, un lyrisme pudique : « Je viens de parler à ma mère longuement, et je dois partir sans bagage ».

Si les exils ont leur part d’arrachement, ils donnent aussi à voir le monde et des mondes. De Jorge Luis Borges à Virginia Woolf, de jazzmen solitaires en cafés bondés, de l’Amérique à l’Europe, voici de fructueux exils, avec, pour compagnons de voyage, de chapitre en chapitre, les grands exilés du monde, Ovide, Mme de Staël, Graham Greene, le grand romancier cubain José Lezama Lima, et bien d’autres.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Essais

Pour l’amour des livres

Grasset - 2019

« Nous naissons, nous grandissons, le plus souvent sans même en prendre la mesure, dans le bruissement des milliers de récits, de romans, de poèmes, qui nous ont précédés. Sans eux, sans leur musique en nous pour nous guider, nous resterions tels des enfants perdus dans les forêts obscures. N’étaient-ils pas déjà là qui nous attendaient, jalons laissés par d’autres en chemin, dessinant peu à peu un visage à l’inconnu du monde, jusqu’à le rendre habitable  ? Ils nous sont, si l’on y réfléchit, notre première et notre véritable demeure. Notre miroir, aussi. Car dans le foisonnement de ces histoires, il en est une, à nous seuls destinée, de cela, nous serions prêt à en jurer dans l’instant où nous nous y sommes reconnus – et c’était comme si, par privilège, s’ouvrait alors la porte des merveilles.

Pour moi, ce fut la Guerre du feu, « roman des âges farouches  » aujourd’hui quelque peu oublié. En récompense de mon examen réussi d’entrée en sixième ma mère m’avait promis un livre. Que nous étions allés choisir solennellement à Morlaix. Pourquoi celui-là  ? La couverture en était plutôt laide, qui montrait un homme aux traits simiesques fuyant, une torche à la main. Mais dès la première page tournée… Je fus comme foudroyé. Un monde s’ouvrait devant moi…

Mon enfance fut pauvre et solitaire entre deux hameaux du Finistère, même si ma mère sut faire de notre maison sans eau ni électricité un paradis, à force de tendresse et de travail. J’y ai découvert la puissance de libération des livres, par la grâce d’une rencontre miraculeuse avec un instituteur, engagé, sensible, qui m’ouvrit sans retenue sa bibliothèque.

J’ai voulu ce livre comme un acte de remerciement. Pour dire simplement ce que je dois au livre. Ce que, tous, nous devons au livre. Plus nécessaire que jamais, face au brouhaha du monde, au temps chaque jour un peu plus refusé, à l’oubli de soi, et des autres. Pour le plus précieux des messages, dans le temps silencieux de la lecture  : qu’il est en chacun de nous un royaume, une dimension d’éternité, qui nous fait humains et libres. »


 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Milwaukee Blues

Sabine Wespieser - 2021

Depuis qu’il a composé le nine one one, le gérant pakistanais de la supérette de Franklin Heights, un quartier au nord de Milwaukee, ne dort plus : ses cauchemars sont habités de visages noirs hurlant « Je ne peux plus respirer ». Jamais il n’aurait dû appeler le numéro d’urgence pour un billet de banque suspect. Mais il est trop tard, et les médias du monde entier ne cessent de lui rappeler la mort effroyable de son client de passage, étouffé par le genou d’un policier.

Le meurtre de George Floyd en mai 2020 a inspiré à Louis-Philippe Dalembert l’écriture de cet ample et bouleversant roman. Mais c’est la vie de son héros, une figure imaginaire prénommée Emmett – comme Emmett Till, un adolescent assassiné par des racistes du Sud en 1955 –, qu’il va mettre en scène, la vie d’un gamin des ghettos noirs que son talent pour le football américain promettait à un riche avenir.

La force de ce livre, c’est de brosser de façon poignante et tendre le portrait d’un homme ordinaire que sa mort terrifiante a sorti du lot. Avec la verve et l’humour qui lui sont coutumiers, l’écrivain nous le rend aimable et familier, tout en affirmant, par la voix de Ma Robinson, l’ex-gardienne de prison devenue pasteure, sa foi dans une humanité meilleure.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Poésie

Passion Haïti

Septentrion - 2016

Haïti est un joyau. Nous en avons pourtant une idée préconçue souvent liée au malheur et à la souffrance. S’il est vrai qu’Haïti a eu son lot d’épreuves avec, entre autres, le régime Duvalier et les catastrophes naturelles, elle est loin de ne se résumer qu’à la misère. C’est avec la verve et la poésie qu’on lui connaît que Rodney Saint-Éloi nous livre dans Passion Haïti un portrait de son pays d’origine qu’il voit fort, contrasté, riche et foisonnant.

Dans ce carnet, on visite le pays à travers les yeux de quelqu’un qui le garde en lui malgré l’exil. On rencontre des personnages qui façonnent le visage d’une Haïti embrassant tant bien que mal ses propres contradictions et ses travers. On y découvre à la fois l’importance de la culture et les couleurs flamboyantes du créole, mais aussi le racisme qui sévit entre les citoyens et les inégalités qui rendent la politique complexe.


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