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2012


Etonnants Voyageurs, retour en Haïti Du 1er au 4 février 2012

Haïti 2012 : Les éditos de Michel Le Bris,
Lyonel Trouillot et Dany Laferrière

1er février 2012.

« Une énorme émotion »


Nous nous l’étions juré, avec Dany Laferrière et Lyonel Trouillot, dans Port-au-Prince en ruines, avant de nous séparer : ce festival Étonnants Voyageurs que le tremblement de terre du 12 janvier 2010 venait d’empêcher, nous le remonterions aussitôt que possible. Nous l’avons fait, d’abord, à Saint-Malo dès le mois de mai suivant, avec tous ceux qui auraient du se retrouver à Port-au-Prince. Les troubles politiques, le choléra, nous ont obligés à différer notre retour en Haïti – et c’est à Saint-Malo encore, au printemps dernier, que nous sommes de nouveau retrouvés. Mais nous étions-nous quittés, tout ce temps ?

Nous serons donc, enfin, de nouveau ensemble à Port-au-Prince du 1er au 4 février 2012. Grâce à la solidarité de tous nos partenaires : qu’ils en soient ici remerciés. Et avec, comme on l’imagine, une énorme émotion. Il est en l’homme une dimension poétique qui le fonde en son humanité, donne sens à son existence, une dimension sans laquelle il n’est pas de construction, ou de reconstruction, possible — dont témoignent magnifiquement les créateurs en Haïti. Quatre jours, donc, de rencontres, projections, spectacles, pour en témoigner.

Michel Le Bris

« Parce que Haïti ne commence ni ne finit avec le séisme du 12 janvier 2010 »

Parce que Haïti ne commence ni ne finit avec le séisme du 12 janvier 2010, les vivants doivent tenir tête au malheur, faire acte de foi dans l’avenir qui se construit au présent ; parce que, pour connaître les lieux, il convient d’écouter les voix qui leur donnent sens, les étonnants voyageurs se rendent en Haïti, Haïti les reçoit pour discuter ensemble des mille états du monde ; parce que la littérature est un jeu trop sérieux pour l’abandonner aux seuls écrivains, il convient d’ouvrir la discussion à un public très large, aux écoliers et aux étudiants haïtiens en particulier ; parce que, si écrivains nous sommes, l’encre est notre demeure, il convient de saluer ceux qui ont fait, par voie d’encre et de mots, métier de veilleur et de passeur, l’édition 2012 d’Étonnants Voyageurs Haïti rend hommage au poète haïtien Georges Castera ; parce que la littérature et les arts s’accrochent paradoxalement au réel en le débordant, les débats porteront sur l’écriture en sa dimension formelle et sur ce dont elle s’inspire et ce à quoi elle renvoie, dans la solitude de l’atelier de l’écrivain et hors de l’atelier où prennent corps des enjeux de vie ; parce que, enfin, si mondialisation il y a dans des formes souvent sauvages, elle oblige, en contre, à des formes plus humaines de connexion, de rencontres, mettant à égalité, dans leur multiplicité, réalités, mots et rê- ves... cette édition 2012 du Festival Étonnants Voyageurs Haïti est un pari à la fois contre la caricature qu’on pourrait dessiner d’un pays mal connu, et contre la fermeture sur soi de toute parole, de tout lieu, et l’illustration du pari d’un dialogue possible, déjà par les arts, du « tout monde », c’est-à-dire de tous ces mondes qui font le monde...

Une journée sera consacrée aux rencontres scolaires qui auront lieu dans dix villes d’Haïti : Port-au-Prince, Les Cayes, Jacmel, Hinche, Cap haïtien, Gonaïves, Jérémie, Lim- bé, Verrettes, Port-de-Paix. Les écrivains se rendront par groupe de deux dans les écoles, à raison de deux rencontres par groupe d’écrivains. Cette journée scolaire est réalisée avec la complicité des Alliances françaises et des établissements scolaires partenaires du festival et concernera un total de 3000 élèves.

Lyonel Trouillot

« La puissance de l’encre »

Une vie d’encre
C’est le poète Georges Castera qui m’a rappelé la puissance de l’encre. Et je me suis tout de suite vu, seul, sur une petite île entourée d’encre. Quelques arbres fruitiers çà et là. C’est la même encre qui coule des livres que j’ai lus et de ceux que j’ai écrits. J’aurai donc passé une bonne partie de ma vie à barboter dans cette encre qui me fait penser au café. Son odeur me chatouille le nez jusqu’à cet éternuement qui oxygène mon esprit. Sa couleur se confond avec la nuit. Je sais bien que pendant ce temps-là d’autres nagent dans leur propre sang. Je n’y peux rien si je n’arrive pas à changer l’encre en sang, ou le contraire. Une vie à lire et à écrire. Cela a-t-il un sens ? Je ne le sais.

C’est dans ce puits de liquide sombre que j’ai plongé la tête la première, il y a si longtemps déjà. Les premières lectures sous les draps, à Petit-Goâve. Les rencontres brûlantes, à Port-au-Prince, avec ces poètes qui ont illuminé mon adolescence. Les nuits passées à chercher ma musique en frottant vivement les phrases les unes contre les autres – la vieille technique qui permet de faire du feu en forêt. Et le premier maigre récit qu’on trouve sous l’oreiller, au matin, comme la rose de Coleridge. Puis l’exil et le long tunnel de l’écriture à Montréal. Ce fleuve d’encre et d’angoisses. Mon cas n’est pas unique car, pour tout écrivain, il y a une mer d’encre à traverser et cette petite musique à trouver. Ce n’est qu’après cela qu’on peut commencer à discuter.

Dany Laferrière

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Le Programme