Après Haïti... Où êtes vous ?

Des nouvelles de... Léonora Miano

"Etonnants voyageurs… où êtes-vous ?" avait lancé Dany Laferrière à la fin du festival de Port-au-Prince en 2007 : "Pour avoir des nouvelles des uns et des autres éparpillés sur la planète, il suffirait de répondre à une simple question : Où êtes-vous ? On peut répondre en une phrase ou une page. On sait depuis un moment que « Où êtes-vous ? » n’est jamais trop loin de cette question plus intime : « Où en êtes-vous ? » C’est à vous de savoir. Tout cela reste assez vague pour donner la pleine liberté à tout le monde." À l’issue de la superbe édition 2012 d’Étonnants Voyageurs à Port-au-Prince, nous avons relancé l’appel : plusieurs écrivains nous donnent aujourd’hui de leurs nouvelles et reviennent sur leur expérience haïtienne.

 

Sur cette terre montagneuse qu’est Haïti, (...) j’ai rencontré, des invaincus, des résiliants (...), des personnes convaincues de leur grandeur, des êtres sans complexes...

Des nouvelles de... Léonora Miano

Léonora Miano au micro d'une radio haïtienne

« Je suis à mon bureau, aux prises avec mes prochains textes, avec, à l’esprit, l’assertion suivante : ce qu’on bâtit autour de soi reflète l’idée qu’on a de soi. Il n’y a pas si longtemps, je m’exprimais ainsi concernant l’Afrique subsaharienne, dont la conscience de soi me semble dégradée. Pour moi, une partie des éléments pouvant expliquer la situation des pays se déployant sous le Sahara réside là, dans un désamour propre que j’envisage comme une des plus terribles conséquences de l’Histoire récente – quelques siècles – de ces espaces. Je le crois toujours.

Pourtant, la question se pose à moi de manière troublante, depuis ce séjour en Haïti. C’est, en effet, de tous ceux qu’il m’ait été donné de visiter, le territoire caribéen le plus proche de l’Afrique subsaharienne. Quand je parle de l’Afrique subsaharienne, c’est de celle d’où je viens qu’il s’agit. Le Cameroun, mon pays natal, est à cheval entre les Afriques du centre et de l’ouest. Ce sont ces Afriques-là, que j’ai reconnues à Port-au-Prince et à Jérémie. Une puissante impression de déjà vu, déjà vécu, pour le meilleur et pour le pire.

Sur cette terre montagneuse qu’est Haïti, il m’a semblé observer une sorte de dichotomie entre l’idée qu’on se fait de soi, et le monde qu’on crée autour de soi. J’ai rencontré, des invaincus, des résilients – ont-ils le choix, on ne va pas leur demander de se suicider en masse ? –, des personnes convaincues de leur grandeur, des êtres sans complexes... Je souris en me remémorant cette information que m’a donnée Anthony Phelps : au lieu d’être administré par la France et l’Angleterre, le Cameroun aurait failli devenir un protectorat haïtien.

Vous n’imaginez pas le volume de confiance en soi qu’il faut pour songer à administrer le Cameroun. Les Français et les Anglais ont dû se partager ce pays, mais les Haïtiens n’étaient guère impressionnés, qui se proposaient de le faire seuls. Alors, qui a érigé le monde dans lequel vivent les Haïtiens ? Je crois que c’est ainsi que la question se pose, sans ôter à ce peuple sa responsabilité, ce qui serait un manque de respect.
Le soir de mon arrivée, Rodney Saint-Eloi et Dany Laferrière m’ont accueillie avec ces paroles : Bienvenue chez toi. Ils ne croyaient pas si bien dire. Comme pour le Cameroun, je souhaite qu’Haïti ressemble davantage à ses enfants. Depuis mon retour à Paris, Haïti a rejoint l’Union africaine. La démarche est symbolique, dira-t-on. Pour moi, elle vient confirmer le caractère décomplexé et fondamentalement libre de ce peuple. Dans les identités créoles, la part subsaharienne est souvent la moins assumée, on le sait. Elle est chargée d’une indicible douleur. Les symboles sont importants. A mes yeux, celui-ci garantit à Haïti, pour longtemps encore, sa place de Pays Primordial, dans le cœur des Subsahariens et des Afrodescendants. »

Léonora Miano

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