Dis Maman, pourquoi on va à l’école ?

Écrit par CLUNIAT Madeline (5ème, Collège Voltaire de Ussel), sujet 2. Publié en l’état.

— Je ne sais pas, je sais seulement qu’ils fuient, comme nous.
Astrid et Térence continuèrent ainsi leur route à travers les bois, passant par des sentiers escarpés et boueux. Des gens tombèrent devant eux mais se relevèrent bien vite, poussés par l’espoir de trouver un pays qui les accueillera, un monde meilleur et en paix. Astrid avait trois ans de moins que son frère qui en avait onze au moment des faits. Oui, c’est un bien jeune âge pour quitter sa vie et marcher des kilomètres pour tout recommencer. Mais c’est ce qu’ils allaient faire.

Ici le ciel est gris, le bruit effrayant permanent et la fumée des bombes s’infiltre partout. Le monde est triste, oppressé et sans avenir.
Après plus de trois jours de marche, la bande arriva enfin à la frontière, enfin ce qui ressemblait à une frontière. C’est vrai qu’un vieux grillage rouillé, ce n’est pas très officiel. Les uns après les autres, ils l’escaladèrent et passèrent de l’autre côté. Ils étaient quand même nombreux, alors cette étape de leur voyage fut assez longue. Un fois passée, Astrid ne sentit pas une grande différence en elle : elle avait toujours froid. Elle pensait qu’elle se sentirait enfin bien, chez elle, au calme... Mais à peine avaient-ils fait quelques pas que, déjà, des gardes armés leur tombèrent dessus.
Ils ne protestèrent pas et se laissèrent menotter. C’était le mieux à faire. S’ils avaient refusé, il y aurait sans doute eu des morts. Les soldats les conduisirent à travers la ville. Les passants se retournèrent sur leur passage avec une expression de soulagement sur leur visage. C’était aussi la guerre dans leur pays, alors, dès que les gardes étaient occupés, ils avaient un petit répit. Mais ici, cela avait pris une très grande ampleur. Pire que chez eux. Ils étaient surveillés à tous les coins de rue par des caméras, des gardes et autres appareils de détection. Ils marchèrent (encore) et bientôt, arrivèrent au poste. Enfin...ce qui servait de poste.

C’était plutôt une pièce délabrée un peu trop petite pour cette troupe de gens épuisés. Évidemment, ils avaient tous leurs papiers et, heureusement pour eux, ils tombèrent sur un capitaine extrêmement compréhensif qui accepta de les relâcher s’ils promettaient de partir d’ici sur le champ. Ce qu’ils firent donc sans broncher. Une fois hors de la ville, ils se trouvèrent un endroit bien abrité pour la nuit, burent un peu et s’endormirent. Ils n’avaient bien évidemment pas prévu des provisions pour très longtemps. Sans compter qu’il y avait beaucoup de bouches à nourrir. Seule l’eau ne manquait pas à l’appel. Chacun avait sur lui quatre bouteilles d’eau pour les plus faibles et beaucoup plus pour les hommes les plus forts.

Cette nuit-là personne ne dormit très bien. Tout le monde redoutait de ne jamais trouver d’endroit où vivre. Astrid fit des cauchemars toute la nuit. Térence, que cela réveilla, passa son temps à la calmer. Une idée lui revenait sans cesse : elle voyait un pays paradisiaque, paisible, parfait pour eux et même pour l’humanité toute entière mais, quand elle voulait marcher pour y aller, ses pieds ne répondaient plus et elle restait là, collée au sol pendant que les autres partaient sans elle et elle les voyait heureux, au soleil de l’autre côté alors qu’elle, elle restait côté guerre où il pleuvait de l’eau et des balles. Elle se réveillait toujours au moment où un garde venait la chercher pour l’enfermer dans une minuscule cellule poisseuse. En sueur, elle ouvrait les yeux et se relevait brusquement mais ne criait pas. Elle savait très bien que si elle faisait ça, elle dérangerait tout le monde. En particulier ceux qui venaient enfin de tomber dans les bras de Morphée et qui, somnolant à peine, interrompaient leurs rêves pour repenser aux horreur de la vie qui les avaient fait fuir de chez eux.

Enfin, le jour arriva et, toujours aussi fatigués que la veille, ils élaborèrent un plan pour ne pas revivre la même expérience que la dernière fois. Ils décidèrent de couper par la forêt pour réussir à changer de région, espérant que la situation sera mieux là-bas. Mais là-bas c’est quoi ? C’est où ? Tout ce que savent les deux enfants c’est que c’est loin. Très loin.

Après quelques préparatifs, ils se mirent en marche et bientôt, se trouvèrent face à un obstacle qu’il n’avaient pas prévu. Ils étaient coincés par une rivière serpentant paisiblement à travers la verdure qu’offrait le bois. Il faisait beau ce jour-là et le soleil la faisait resplendir. C’était enchanté ! Mais cela ne leur disait pas comment traverser. Et le plus bizarre c’est qu’elle n’était répertoriée sur aucune carte. À cause du réfléchissement de la lumière, on ne voyait pas la profondeur. Grâce à un bâton, un homme du groupe sonda le sol. Et personne ne s’attendait à ce qui se passa ensuite. Il n’y avait pas de fond dans cette eau ! Et l’homme manqua de peu la noyade. Déstabilisé, il glissa et en fut quitte pour un bain étonnement chaud. Apeurés, ils se dépêchèrent de trouver un moyen de contourner cette source de malheur mais, cela intriguait Térence. Avec l’accord d’Astrid, ils plongèrent tout deux dans la rivière merveilleuse. Et ce qu’ils virent ensuite changea à jamais leur vision du monde.

Ils venaient d’arriver dans une dimension totalement différente de celle qu’il connaissait. C’était magique. Oui, magique c’était bien le mot. Ils étaient de l’autre côté de la rivière, certes, mais pas sur la même planète. Des sortes de sirènes se prélassaient au soleil tandis que des lézards dorés s’amusaient à disparaître et apparaître aux endroits les plus improbables. Puis une jolie jeune fille blonde fit pousser en un clin d’œil une immense fleur rose pour l’abriter des coups de soleil. Le paysage environnant était très coloré : du bleu, du vert, du orange et surtout une luminosité si vive ! L’air semblait pur et vivifiant, pas de fumée ici.
Émerveillés par ce spectacle, les deux frère et sœur ne s’aperçurent pas de l’énorme poisson aux écailles flamboyantes qui s’approchait d’eux. Heureusement, la blondinette réagit à temps et lança un jet rose sortant de ses mains et les cueillit, les déposant délicatement sur la rive, séchés. Puis, suivie par son ombrelle-fleur, elle vint à leur rencontre.
— Vous n’êtes pas d’ici vous, plaisanta-t-elle. Vous venez d’en-bas ?
— Euh... Oui, répondit Térence pas très sûr de lui.
— Génial ! Enfin des nouvelles têtes. Venez, je vais vous faire visiter, dit-elle surexcitée.

Et sans se préoccuper de qui ils étaient, elle les emmena jusqu’à une sorte de palais superbement sculpté dans de la roche légèrement teintée de rose (apparemment ils aimaient ça ici). Ils entrèrent et découvrirent à l’intérieur des centaines de gens affairés et tellement concentrés qu’ils ne les virent même pas. Il y en a même un qui, plongé dans sa lecture, faillit leur rentrer dedans. Leur guide avait fait disparaître son ombrelle et les invita à monter les escaliers en bois clairs marquetés de créatures fantastiques (qui apparemment existaient bel et bien ici). À l’étage, elle les fit entrer dans un bureau (rose) avec une porte rose et un sol rose. La chaise pivota pour laisser apparaître un femme brune, avec des petits yeux verts, sévère.
_ — Oui ? fit-elle sèchement.
— Ces gens viennent d’en-bas Madame, expliqua la blonde.

On entendait très bien la majuscule dans sa voix. Cette Madame devait vraiment être implacable car même la guillerette jeune fille ne rigolait plus du tout. Donc, Madame les regarda avec insistance comme s’ils venaient de manger un ver de terre et d’un coup dit sans prendre la peine de regarder son interlocutrice :
— Donne-leur la chambre 27, ils m’ont l’air bien fatigués. Leurs regards semblent doux et gentils.
— Très bien Madame, répondit aimablement la jeune fille.

Ils redescendirent le magnifique escalier. Et, toujours en suivant la fille, se dirigèrent vers un comptoir qui avait l’air de servir d’accueil. D’ailleurs presque toute les personnes présentes s’agglutinaient tout autour. Après une attente qui semblait interminable, ce fut enfin à leur tour. La blondinette discuta un peu et récupéra une clef argentée. Puis, ils sortirent et purent respirer de l’air frais. Elle les conduisit à une petite maison isolée portant le numéro 27.
— Voilà, votre maison, leur dit-elle. Elle vous plaît ? Tenez, je vous donne la clef. Installez- vous. Vous avez des vêtements propres dans l’armoire et des fruits frais dans la corbeille. On se retrouve plus tard ?
Et elle tourna les talons. Un peu abasourdis par ce qui venait de se passer, ils mirent un peu de temps à se ressaisir. Ils ne savaient pas s’ils devaient avoir peur ou être heureux. Et encore moins s’ils hallucinaient ou non. Ils en débattirent longuement, puis en vinrent à la conclusion suivante : tant qu’à être là, autant en profiter. C’était beaucoup mieux que dans l’ancien monde !

D’ailleurs, que se passait-il de l’autre côté ? Pour le reste du groupe, ils avaient péri en essayant de traverser la rivière. Le courant avait emporté le corps de ces pauvres enfants et avait mis fin à leur souffrance. Le groupe avait continué sa route pour fuir la guerre, malgré l’absence des deux petits.
Mais en vérité, Astrid et Térence se portaient très bien. Ils se firent des amis et vécurent une vie paisible dans le nouveau monde. Ils eurent même un peu de magie à force de vivre dedans. C’était génial ! Ici, il n’y avait pas de soldats, pas de conflits et tout le monde vivait en paix. L’homme avait compris que la guerre ne servait à rien et qu’on pouvait tout régler en discutant...
— Hou, hou Astrid. Réveille-toi. Tu vas être en retard à l’école.
— Hein ? L’école ? Mais Maman on ne peut pas. Il n’y a plus d’école, les gardes l’ont fermée.
— Qu’est-ce que tu racontes ma chérie ? Il n’y a pas de garde. C’est encore un prétexte bidon pour ne pas te lever ?

Mais à peine eut-elle terminé sa phrase que sa fille se jetait dans ses bras en l’embrassant.
— Je t’aime, j’ai fait un horrible cauchemar ! Si tu savais Maman. Je t’aime.
— Toi aussi tu as mal dormi ? C’est marrant, ton frère m’as dit exactement la même chose. Moi aussi je t’aime ma princesse ! Allez, habille-toi. Tu vas être en retard.
— Oui Maman je me dépêche, répondit la jeune fille en se levant avec précipitation.
Et c’est ainsi qu’Astrid et son frère Térence eurent, pour la première fois, envie d’aller à l’école.

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