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GRIMBERT Sibylle

France

Le dernier des siens (Anne Carrière, 2022)

© Céline Nieszawer

De livre en livre, la romancière et éditrice Sibylle Grimbert tisse une œuvre « qui explore aussi bien les identités incertaines que les névroses familiales et l’hypocrisie sociale » (France Culture). Depuis Birth Day, paru en 2000, elle campe des personnages en état de stupéfaction, qui tentent avec plus ou moins de succès de décrypter le monde qui les entoure. Dans son dernier roman plusieurs fois récompensé, elle se tourne vers la relation homme-animal et nous mène à la rencontre d’un jeune zoologiste du XIXe siècle, vivant en osmose avec le dernier grand pingouin. Un récit de compagnonnage qui, à l’heure de la sixième extinction, nous pousse à nous demander : que veut dire aimer ce qui ne sera plus jamais ?


Bibliographie

  • Le dernier des siens (Anne Carrière, 2022)
  • Le Fils de Sam Green (Anne Carrière, 2020)
  • La Horde (Anne Carrière, 2018)
  • Avant les singes (Anne Carrière, 2016)
  • Le Fils de Sam Green (Anne Carrière, 2013)
  • Le vent tourne (Léo Scheer, 2011)
  • Toute une affaire (Léo Scheer, 2009)
  • Une absence totale d’instinct (Le Seuil, 2006)
  • Il n’y a pas de secret (Stock, 2004)
  • Le Centre de gravité (Stock, 2002)
  • Birth Day (Stock, 2000)
Le dernier des siens

Le dernier des siens

Anne Carrière - 2022

1835. Gus, un jeune zoologiste, est envoyé par le musée d’histoire naturelle de Lille pour étudier la faune du nord de l’Europe. Lors d’une traversée, il assiste au massacre d’une colonie de grands pingouins et sauve l’un d’eux. Il le ramène chez lui aux Orcades et le nomme Prosp. Sans le savoir, Gus vient de récupérer le dernier spécimen sur terre de l’oiseau. Une relation bouleversante s’instaure entre l’homme et l’animal. La curiosité du chercheur et la méfiance du pingouin vont bientôt se muer en un attachement profond et réciproque.
Au cours des quinze années suivantes, Gus et Prosp vont voyager des îles Féroé vers le Danemark. Gus prend progressivement conscience qu’il est peut-être le témoin d’une chose inconcevable à l’époque : l’extinction d’une espèce. Alors qu’il a fondé une famille, il devient obsédé par le destin de son ami à plumes, au détriment de tout le reste. Mais il vit une expérience unique, à la portée métaphysique troublante : qu’est-ce que veut dire aimer ce qui ne sera plus jamais ?

À l’heure de la sixième extinction, Sibylle Grimbert interroge la relation homme-animal en convoquant un duo inoubliable. Elle réussit le tour de force de créer un personnage animal crédible, de nous faire sentir son intériorité, ses émotions, son intelligence, sans jamais verser dans l’anthropomorphisme ou la fable. Le Dernier des siens est un grand roman d’aventures autant qu’un bouleversant plaidoyer dans un des débats les plus essentiels de notre époque.

Après-midi autour du Prix Kessel : « Je suis la mémoire du rien »

Saint-Malo 2023

À 14h, l’après-midi commençait par la remise du prix Joseph Kessel de la Scam 2023 à Sibylle Grimbert.

En suivant, une rencontre avec des passeuses déterminées à faire exister la lutte, la résistance, les disparu·es. Aliyeh Ataei collecte les récits inaudibles des réfugié·es fuyant l’Afghanistan (La frontière des oubliés) et Justine Augier (Croire) fait de son écriture le lieu de l’engagement. Témoigner serait-il un devoir moral face à la volonté d’annihiler ? « Écrire comme un défi courageux à la mort », lance ainsi Samar Yazbek dans les Portes du néant. Car les mots sont « une reproduction de la vie », des traces de ce qui n’est plus, imposent leurs présences contre la destruction.

Une table-ronde animée par Pierre Haski, à réécouter ci-dessus ! Interprète : Julie Duvigneau.

Au terme de la table ronde était projeté Myanmar Diaries, meilleur documentaire à la Berlinale 2022. Un film profondément courageux, tourné dans la clandestinité par un collectif anonyme de jeunes cinéastes, qui retrace à travers des histoires personnelles la répression de la population birmane par la junte militaire après sa prise de pouvoir en février 2021.


Mues et merveilles

Saint-Malo 2023

Être vivant·e, n’est-ce pas avoir en soi la capacité à être touché·e et transformé·e par les êtres, les situations et les lieux que l’on rencontre ? Pouvoir changer et rester en mouvement, tout au long de nos parcours de vie, mues après mues ? Avec Le Dernier des siens, Sibylle Grimbert raconte l’histoire d’un naturaliste qui, en l’animal qu’il est censé capturer à des fins d’étude, trouve un compagnon de voyage inattendu. Empreint de réalisme magique, Zizi Cabane de Bérengère Cournut déroule l’histoire d’une transformation familiale suite à un deuil, tandis que L’île haute de Valentine Goby déploie des environnements naturels majestueux et sidérants, décrits avec minutie, comme un précis d’histoire naturelle alors qu’un jeune garçon s’éveille à la montagne. Les trois romancières font de l’émerveillement et de la découverte des tuteurs de vie qui accompagnent les métamorphoses nécessaires à toute existence.

Une rencontre animée par Nathalie Georges.