Le revers de la médaille !

Nouvelle de Axelle BAZIRE, incipit 1, en 5ème au collège Victor Hugo, Sourdeval (50)

« Que veux-tu en échange ? » demanda-t-elle dans sa langue rude.

Kosmas ne savait pas quoi lui répondre. Ce collier lui rappelait la vie de ses parents, il était important pour lui, il y était attaché. Mais il devait s’en séparer car le pendentif lui avait attiré beaucoup d’ennuis. Pourtant ce collier semblait au contraire n’apporter que des bienfaits. En effet, il rendait invincible : ses parent en avaient fait l’expérience.

Un jour, les parents de Kosmas étaient partis chasser dans la forêt mais tout à coup ils se retrouvèrent nez à nez avec un loup féroce, visiblement affamé. Ils ne pouvaient pas charger leur fusil ; un simple geste aurait pu faire bondir le loup sur eux. Mais soudain, ce dernier recula, visiblement effrayé, il fixait la lueur du petit serpent d’or que la mère de Kosmas portait autour du cou. Ils comprirent alors que le collier avait le don de les protéger du danger. Il y eut encore de nombreuses autres occasions où ils purent vérifier le pouvoir magique et protecteur du pendentif, c’était comme si le serpent d’or s’animait soudain et faisait reculer l’animal le plus sauvage ou l’homme le plus menaçant. Les parents de Kosmas avaient en effet rencontré un brigand quand ils étaient partis cueillir des fruits pour le soir. L’homme les regardait méchamment. C’était un voleur qui avait l’habitude de détrousser les voyageurs. L’homme était dangereux. Il possédait un fusil, avançait de plus en plus, braquant l’arme sur eux et leur criant de jeter à terre tout ce qu’ils possédaient. Mais au moment où le petit serpent d’or scintilla l’homme d’un bond recula, il était à la fois attiré par l’or du pendentif et effrayé par ce collier qui lui faisait peur. Il recula avec un air d’incrédulité sur le visage, ne comprenant pas lui-même ce qu’il lui arrivait. Bientôt on ne le vit plus, l’homme était parti. C’est ainsi que les parents de Kosmas se sentirent invincibles.

Mais ils avaient vite perdu le collier lors d’un voyage interminable où ils accompagnaient la caravane conduite par l’oncle de Kosmas. Les commerçants avaient entendu parler de ce collier qui pouvait rendre invincible. Tous les hommes le convoitaient. Les parents de Kosmas savaient qu’ils couraient un grand danger, alors ils voulurent le cacher. Ils avaient donc enlevé le collier de leur cou et l’avaient placé dans un petit bout de tissu, mais ce qu’ils ne savaient pas, c’était que lorsqu’ils ne portaient pas le collier, ils étaient redevenus vulnérables. Et cette nuit-là des commerçants entrèrent en douce dans la tente des parents de Kosmas et dérobèrent le pendentif, qui n’avait plus rien du pendentif magique qu’il était lorsqu’il était porté. Le lendemain, les parents de Kosmas ne trouvèrent plus le collier. Ils cherchèrent à travers tout le convoi d’hommes, de bêtes et de marchandises pendant des jours, sans succès. Ils se firent de nombreux ennemis à force de soupçonner les uns et les autres.

Le grand-père de Kosmas lui avait raconté toute cette histoire qu’il connaissait mal car ses parents ne lui avaient pas tout dit et n’avaient parlé que de leur nostalgie pour ce collier qui leur conférait un tel pouvoir dans la communauté.

C’est pourquoi Kosmas voulut récupérer ce serpent d’or, pour sauver l’honneur de ses parents.

Il remua ciel et terre pour le retrouver. Il passa dans toutes les foires, scrutant les étalages de marchandises, chercha dans toutes les villes. Un jour, il rencontra un vieil homme qui détenait des informations sur le collier, il disait qu’il avait entendu parler d’un collier magique du côté des grottes sombres de la Mer Noire.

Kosmas n’avait jamais suivi son oncle jusque là, c’était un long voyage dans la poussière du désert. Il y naissait de monstrueuses tempêtes de sable, encore plus affreuses que les précédentes. Il progressait lentement vers la mer Noire, les tempêtes le ralentissaient mais il arrivait toujours à s’abriter derrière des dunes ou quelques roches qu’il trouvait dans ces étendues rases aux arbres rares. Il faisait parfois halte dans une ville, il y trouvait le repos pour la nuit, de la nourriture et de l’eau fraiche, du thé et la musique du luth qui le consolaient de la solitude et de l’éloignement des siens. Il y puisait la force de continuer, d’affronter les longues heures de marche qui l’attendaient le lendemain. Parfois, heureusement, il faisait connaissance avec un marchand qui conduisait une caravane en direction de la mer Noire et qui voulait bien le prendre avec lui sur une monture. Si celle-ci n’allait pas bien vite, elle lui épargnait au moins la fatigue de la marche sous le soleil brûlant.

Enfin arrivé en vue de la mer Noire il se renseigna mais quand il demandait où se trouvaient ces grottes les gens fuyaient inexplicablement. Ils ne parlaient pas la même langue, pourtant Kosmas sentait obscurément que ces gens n’avaient rien contre lui, ils se montraient même très hospitaliers mais dès qu’il abordait dans sa langue à lui, à renfort de gestes, les grottes dont on lui avait parlé, la conversation cessait brusquement et les gens devenaient taciturnes ou prenaient même un air apeuré...

Kosmas ne renonça pas pour autant même s’il savait qu’il ne pouvait compter que sur lui-même et sur la chance ! Il s’était établi dans une petite auberge que tenait un vieux monsieur qui s’était pris de sympathie pour ce jeune "pied poudreux" qui semblait si courageux et déterminé. Kosmas avait pris l’habitude de passer des après-midi entiers à chasser dans la forêt que lui avait indiquée l’aubergiste. Un jour, en chassant un animal à travers la forêt, Kosmas découvrit un sentier qui l’intrigua. Il décida de le suivre, il serpentait dans la forêt sur quelques kilomètres avant d’aboutir à des grottes. Kosmas se dit que c’était peut être celles dont lui avait parlé le vieil homme. Il régnait une atmosphère étrange, lugubre. L’animal que poursuivait Kosmas avait disparu comme par magie, les oiseaux s’étaient tus et l’on n’entendait que le bruissement du vent dans les arbres, comme un sifflement pressant ou une longue plainte. Il s’aventura dans la grotte, dut se frayer un chemin parmi la végétation, personne n’était venu là depuis longtemps. Tout était sombre. Plus il avançait, plus c’était monstrueux, il sentait une végétation gluante sur les parois et était bien obligé pourtant de se guider de ses mains pour avancer dans l’obscurité. Comment allait-il pouvoir trouver le collier ? Il s’arrêta un instant, pris de désespoir, prêt à renoncer mais dans un nouvel accès d’espoir il avança plus vite encore. Il voulait à tout prix sortir de ces grottes hideuses. Il avait peur et craignait de voir apparaître toutes sortes d’animaux dangereux. Son cœur battait à toute allure. Soudain, dans le creux d’un rocher, au fin fond de la grotte, lui apparut le collier ; le serpent d’or brillait si fort, comme le lui avait souvent décrit son grand-père. Il avança la main, s’en saisit sans réfléchir, d’un geste décidé. Il ressortit le plus vite qu’il put. Il n’eut peur qu’après coup : et si le collier magique l’avait éloigné comme il était capable de le faire d’un animal sauvage ? Mais il se souvint alors que le collier n’avait un tel pouvoir que porté autour du cou d’un homme.

Une fois dehors il était heureux. Il avait enfin trouvé ce collier dont on lui avait tant parlé et qui lui rappelait sa mère.

Kosmas prit congé de l’aubergiste qui ne fit aucune allusion au collier que Kosmas portait maintenant autour du cou, mais au moment de partir, il lui donna un paquet de nourriture et lui fit un clin d’œil, comme s’il avait toujours su que Kosmas trouverait ce qu’il était venu chercher. Le jeune garçon repartit dans les étendues désertes mais les tempêtes se firent moins nombreuses et il se sentait en sécurité en portant le collier autour de son cou, aucun brigand ne chercherait à le voler de ses maigres possessions, aucun animal ne rôderait autour de lui pendant son sommeil. Kosmas put donc revenir près des siens. Il était serein. Il avait retrouvé le collier et n’était plus un novice du désert.

Kosmas, pourtant, avait perdu beaucoup d’amis à cause de ce serpent d’or. Il n’avait jusque là raconté à l’Amazone que sa quête éperdue du collier magique qui avait appartenu à ses parents. Il décida de lui raconter cette fois comment le collier avait aussi fait son malheur :
« Tu sais, je m’en sépare car il m’a apporté de mauvaises choses. Ce collier rend invincible, c’est vrai, il a le pouvoir d’éloigner les animaux dangereux ou les hommes malveillants mais il faisait peur à mes amis et mes proches.
Les jours passaient et personne ne m’approchait, je ne comprenais pas, j’ai d’abord cru que mes amis étaient devenus jaloux parce que j’avais ramené un objet précieux, un pendentif en or, j’ai cru aussi qu’ils m’enviaient parce que j’étais allé jusqu’à la mer Noire mais très vite j’ai compris qu’ils avaient peur du collier dont je ne me séparais pas. Ils ne m’adressaient plus la parole que le regard baissé, avec crainte, et ne recherchaient plus ma présence. Autrefois, il nous arrivait de discuter de longues heures, de nous raconter nos espoirs, l’avenir dont nous rêvions. Maintenant mes amis ne me saluaient plus que de loin. »

Un jour Kosmas voulut avouer à une fille du village qu’il avait remarquée qu’il avait des sentiments pour elle mais elle semblait l’ignorer. Il décida d’aller lui parler, mais au fur et à mesure qu’il s’avançait vers elle, elle reculait. Elle avait dans le regard quelque chose qui ressemblait à de l’effroi et ne détachait pas ses yeux du petit pendentif en or qu’il portait autour du cou. Chaque jour Kosmas était de plus en plus mal à l’aise. Kosmas finit par décider d’enlever le collier. La fille, d’abord apeurée, revint vers lui. Kosmas lui avoua ses sentiments et elle lui avoua à son tour qu’elle les partageait mais, elle ne savait pourquoi, quelque chose lui avait fait très peur, il suffisait qu’elle s’approche du jeune homme pour sentir une sorte de force qui l’en éloignait aussitôt et elle se rendit compte que le pendentif qu’il avait autour du cou brillait d’une lueur étrange, aveuglante.
« Quand j’ai décidé d’enlever ce collier, reprit Kosmas, tout le monde revint vers moi, personne n’avait plus peur de moi. Je compris que je préférais être aimé plutôt que craint et je ne voulus plus du pouvoir d’un collier qui m’éloignait des gens que j’aimais. »

A écouter les dernières paroles de Kosmas, l’Amazone était devenue soudain soucieuse et reprit la parole, du même ton rude qu’elle avait employé quand elle s’était montrée si empressée d’acheter le collier :
« Garde-le, je ne vais pas prendre ce collier. Je ne veux pas me retrouver seule et me faire exclure de mon clan ! »

Le jour n’était pas encore arrivé où Kosmas saurait tenir sa langue et faire des affaires !

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