Survivre

Écrit par LAMBERT Marine (Term, Dupuy de L’âme de Lorient)

SURVIVRE

Elle esquissa un pas à reculons puis fit une brusque volte-face et s’éloigna, s’efforçant de ne pas courir.

Elle le savait, jusqu’au plus profond d’elle-même que si elle faisait ne serait-ce qu’un geste de travers, un mouvement trop brusque, l’instinct de chasseur s’éveillerait en lui. Il lui fallait à tout prix s’échapper. C’est alors que tout doucement elle se faufila à l’extérieur. Mais elle avait commis une terrible erreur ; ne jamais tourner le dos à un fauve. Surtout pas quand ce dernier a faim. Issue fatale. Tandis qu’elle avait le dos tourné, l’homme lui bondit dessus. Un jappement de surprise s’échappa de ses lèvres. Elle leva les yeux vers lui. Son regard de prédateur et son sourire carnassier lui glacèrent le sang. Les doigts tentaculaires de l’autre lui enserraient la gorge et l’air commençait à lui manquer. Si elle ne faisait rien, il allait la tuer. Lola se mis alors à se débattre comme un papillon pris dans une toile d’araignée.
Comme par miracle, elle parvint à se libérer des serres de son agresseur. Maladroitement, elle se releva et détala comme un lapin. Fuite. Plus rien ne comptait que sa survie. Malgré sa détresse, elle parvenait à distancer son adversaire. Hypothèse de la Reine Rouge ; dans le règne animal, les proies conservent toujours une longueur d’avance sur le prédateur par instinct de conservation. Elle aussi, car elle courait pour sa survie. Mais elle, elle n’était pas un animal, elle ne tiendrait pas ainsi éternellement. Mais là, elle n’était plus maîtresse d’elle-même ; mon instinct de survie parlait pour elle.
Derrière elle, l’homme, le prédateur, montrait les crocs. Sa petite gazelle s’enfuyait. Tant pis, cela pimenterait le jeu. Peu importait où elle se cachait, il la débusquerait. Il n’y avait rien de plus jouissif, de plus excitant qu’une partie de chasse. Son ouïe, sa vue, tous ses sens étaient à l’affût du moindre signe qui lui indiquerait où se terrait sa proie. Il esquissa un rictus meurtrier et sortit un couteau à désosser de son manteau. Que la partie commence. Il se lança de nouveau à la poursuite de sa proie, suivant le chemin qu’il l’avait vue emprunter.
Lola ne s’était pas arrêtée de courir. Elle était terrorisée, épuisée, mais l’adrénaline l’empêchait de prendre conscience des limites de son corps. Mais ses jambes qui flanchèrent brusquement la ramenèrent à la réalité. Cependant, elle ne pouvait pas rester ici, il lui fallait fuir. Mais ses jambes ne le supporteraient pas plus longtemps. Sans plus s’attarder, Lola s’engouffra dans une ruelle sombre, située à sa droite et se cacha entre deux bennes à ordures. Sa respiration était rauque et étouffée. Souffle de proie traqué. Peu importait de quelle côté son regard se portait, elle revoyait le visage horrible du traqueur sur chaque passant. La brise automnale qui caressait ses joues lui rappelait le souffle putride de l’autre sur son visage. Psychose. Rien d’autre n’existait que ce prédateur qu’elle tentait de fuir. Il fallait qu’elle se calme, sinon, elle ne parviendrait pas à réfléchir correctement.
L’homme suivit la rue, la même que Lola, mais il ne la vit nulle part. La piste aurait refroidi ? Non. Il arriva à un croisement. Une ruelle mal famée d’un côté une rue passante de l’autre. Elle n’aurait pas choisi la foule, elle l’aurait ralentie dans sa course. La ruelle alors...Ses lèvres s’étirèrent en un sourire malveillant. Attendre sans bouger que le danger s’éloigne, une technique vielle comme le monde. Mais tellement inutile quand le prédateur connaît la ruse !
-Lola...Lola, tu ne peux pas te cacher, je sais que tu es là !
Les poils du dos de Lola se hérissèrent à l’entente de la voix suave et glauque du tueur. Prise de frénésie, elle se relava d’un bond.
-Ne crois pas pouvoir t’enfuir, siffla l’homme entre ses crocs. Mais Lola ne l’entendait plus, trop occupée à penser à sa survie. Voyant qu l’homme se rapprochait dangereusement d’elle, elle fit tomber une benne pour ralentir sa course. Heurté par ce poids, le traqueur rugit. Lui aussi était pris de frénésie. Une frénésie meurtrière. Et en bon chasseur, il ne laissera pas repartir sa proie. Il se releva à une vitesse surhumaine et fondit sur Lola qui s’écroula.
-Tu es à moi, s’exclama le prédateur en brandissant son couteau. Submergée par la corpulence impressionnante de son assaillant, Lola eut peine à reprendre ses esprits. Mais de nouveau consciente, elle se remis à se battre. Dans un élan de force herculéenne, elle parvint à écarter la main de l’homme dans laquelle son couteau se tenait prêt à l’égorger. Lutte pour la vie. L’homme grogna et reprit l’offensive. Cette fois, il parvint à entailler le cou de Lola. En riposte, elle usa de ses ongles comme de griffes. Elle lui égratigna le nez, les joues, le front. Elle faisait tout pour qu’il la lâche. Férocement plantés dans ses joues, les ongles de Lola firent pousser un râle de douleur à l’agresseur et lui firent relâcher son emprise sur elle. Ouverture. Et Lola ne la manqua pas. Et se précipita hors des serres du prédateur. Malgré tout, il la suivait toujours. Malgré tout ce qu’elle avait fait, malgré son combat acharné pour sa survie, elle n’était pas parvenue à se libérer de cette chasse dont elle était proie. Pourquoi continuer à lutter ? Elle était fatiguée, désespérée, vidée de toute combativité. Inhibition. À quoi bon ? À chaque fois qu ’elle fuyait, il la rattrapait.
Alors qu’elle s’apprêtait à abandonner sa course, elle vit une lumière éclatante au loin. Des gens ? De l’aide ? C’était sa lueur d’espoir. Elle se ressaisit et se remit à courir, tout droit, jusqu’à se faire éblouir par cette lumière.
-Et...Coupez ! La voix du réalisateur tonna. Emily, Liam, votre jeu du chat et de la souris était parfaitement haletant ! On aurait cru assister à une vraie partie de chasse ! Liam, tu ferais un parfait tueur en série, ce qui est, entre nous, un peu flippant. C’était parfait, les téléspectateurs vont adorer ! Et Dan, tu me baissera un peu cette lumière aussi, ok ? Allez, on enchaîne, scène suivante !

Presque repue par cette partie de chasse exaltante, l’entité se retira une fois de plus de l’esprit de Liam et se terra à nouveau dans les souterrains du studio en attendant la prochaine scène où sa faim serait, cette fois, pleinement assouvie.

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