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Le prédateur (incipit 2)

écrit par Henry HOLZSCHUCH, en 3ème au Collège Jean Prévost à Villard de Lans (38)

Ils crient dans leur langue et Kasim comprend qu’ils ont besoin d’aide. Il s’approche. Et il voit. C’est une veste. Non. L’eau est d’un rouge profond autour de l’objet. Et soudain Kasim comprend. C’est un corps. Il aide les deux hommes à le sortir de l’eau. C’est qu’il est lourd, ce type. Le voilà posé sur la berge. Kasim est horrifié. Le corps n’est plus un corps, c’est un amas de chair déchiquetée, tenue par les habits. Le corps a été horriblement mutilé. Tranché. Kasim a envie de vomir. Un des deux hommes s’y attelle déjà dans les buissons. De multiples lacérations le couvrent. Les jambes, le torse, le visage. Le visage ! Ce n’est pas la première fois qu’il le voit, Kasim se rappelle. C’est le passeur. Kasim a peur. Très peur.

Les deux hommes sont affolés et alertent tout le monde. Ils réveillent la plus jeune des filles. Maintenant, Kasim n’est plus seul. Tout le monde a peur. Au moins, les parents l’ont caché à la vue des petites filles. Kasim ne sait plus quoi faire. Aller en Europe ? Avec quel bateau ? Retourner chez lui ? Il n’a plus de chez lui. Tout a été détruit. Foutue guerre, pense Kasim. Si son père avait été là, il aurait su quoi faire. Son père. Kasim retient une larme. Il ne veut pas y penser. Trop tard. Il se rappelle. Sa mort.

Ils rentraient tous deux du travail à l’atelier. Ça avait été une journée difficile. Comme toujours. Ils étaient épuisés. Comme toujours. C’était déjà la guerre. C’était toujours cette foutue guerre. Ils parlaient des camions en plastique qu’ils avaient assemblés pendant la journée. Et puis ils sont arrivés. Le feu du ciel. Au Caire, les bombardements étaient courants. Les bombes étaient nombreuses. Une est tombée proche, très proche. Trop proche. Kasim tenait la main de son père. Mais maintenant, il n’y aura plus jamais sa main dans la sienne.

Kasim est triste. Il pleure. C’est la première fois depuis la mort de son père. Que faire ? Où aller ? Il ne peut même pas comprendre ses compagnons. Ils sont tous dans le même bateau. S’ils avaient un bateau ! Mais à part le passeur, personne ne sait où en trouver. Et il n’y a plus de passeur. Il va voir les deux hommes. D’après ce qu’il peut comprendre, ils sont Turcs. Kasim ne comprend pas leur langue. L’anglais, il connait un peu, quelques mots. Ceux écrits sur les notices des jouets qu’il emballait jour a près jour. Mais le Turc, il ne connaît pas. Heureusement, le père de famille, lui, parle un peu anglais. Pas mieux que lui, mais il arrive à comprendre. L’homme a peur, encore plus peur que Kasim. Peur pour sa femme. Peur pour ses filles. Peur pour lui. Kasim le comprend. Ses filles peuvent à peine comprendre quand on leur dit de se taire. Comment peuvent-elles comprendre ce qui se passe ? Kasim entend quelque chose bouger. Près, très près. Trop près ! Ça avance vers eux.

***

Elle les voit... Elle les sent... Ils sont là, devant elle. Plus pour longtemps. La Chasse a commencé. Elle a faim. Ils parlent, tout près. Elle les voit de ses multiples facettes. Mais elle ne peut se résoudre. Souvent, elle ne peut se résoudre. Les parties multiples de son cerveau vont toujours dans des directions différentes. C’est comme ça depuis sa création. Non. Pas cette fois. Elles sont unanimes. Cette fois, il y a une Proie.

***

Ce n’est qu’un des deux Turcs. Izmir, il s’appelle. C’est le seul mot que Kasim a pu discerner de son langage. Iz-Mirr. L’autre, Kasim ne sait pas. Soudain, Kasim entend un bruit dans les branches là-haut. Ça, ça ne peut pas être un des leurs. Ni un humain. Kasim a peur. Il tremble. Les autres aussi. Il se rappelle du passeur. Ce qui restait de lui. Les coupures. Les lacérations. Les marques sur la peau. Il ne s’entend même pas crier.

« Qui es-tu, à la fin ? » Il ne s’attend pas à ce que la chose lui réponde. Et il sent un choc, un tremblement, une peur immense emplissant son corps. Et il entend.

« Je suis la Dévoreuse. Je suis la Corruptrice. Je suis l’Europe. »

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