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La Mission

Écrit par Chloé Loth, incipit 1, en 2nde au Lycée Bertrand d’Argentré à Vitré (35). Publié en l’état.

Le jeune homme tremble. Son nom est Gavrilo Princip et dans sa poche il tient un revolver. Le jour tant attendu est enfin arrivé. A 10h10, en ce 28 juin 1914, Gavrilo Princip a peur. Il est sur le point d’accomplir un acte important. Ses yeux fatigués sont fixés sur la foule bruyante et joyeuse qui ne lui ressemble pas. Lui est angoissé, silencieux et fantomatique. Soudain il se rappelle les dernières réunions du mouvement de la jeune Bosnie avec ses camarades anarchistes, se remémore les conversations qui ont décidé de ce funeste « rendez-vous ». D’abord les plaintes contre l’oppression, puis l’idée émergente d’un acte révolutionnaire contre l’occupation étrangère et enfin le choix de la personne qui tuera le prince héritier. « Suis-je assez courageux pour accomplir un tel acte ? Comment réagiront mes camarades si je me défile ? Ai-je le droit de douter ? » Toutes ces questions se bousculent dans la tête de Gavrilo Princip à cet instant précis.

Depuis son entrée dans le mouvement, sa vie a pris une nouvelle direction. Un jour, il s’est retrouvé dans une manifestation et quelqu’un l’a pris sous son aile. Très vite, les membres du groupe se sont intéressés à lui. Il faut dire que son côté voyou donne à Gravilo un air assuré. Issu d’une famille pauvre et sans vraiment d’éducation, il s’est tourné vers la violence. Faire partie d’un mouvement politique a été pour lui une forme d’émancipation. Enfin on s’intéresse à lui ! Il peut se montrer utile ! Gavrilo Princip partage les idées du mouvement anarchiste, mais ce sont les tâches qu’on lui attribue qui lui tiennent le plus à cœur. Il est directement impliqué dans les activités du groupe. Depuis le début, ses camarades comptent sur lui. Petit à petit il a pris de l’importance au sein du mouvement mais pas seulement. Gavrilo a trouvé une nouvelle famille et ne vit plus que pour elle. Cet intérêt soudain pour la politique semble lui faire du bien… Pourtant ses nuits sont hantées par de nouveaux soucis, ses jours sont occupés par des réunions étranges avec des gens qui le prennent en charge et le poussent de plus en plus loin dans l’extrémisme. Depuis quelques mois, un sentiment d’insécurité l’envahit, mais il ne faut rien dire et les indépendantistes font tout pour le mettre en confiance. Bientôt, il ne sait plus qui écouter, ses missions sont de plus en plus dangereuses et en même temps la reconnaissance envers lui s’accroît. Ses angoisses aussi ! En effet, Gavrilo commence à faire des cauchemars. Il regretterait presque ses actes de plus en plus violents. Son esprit est en permanence en proie aux doutes.

En ce matin du 28 juin 1914, Gavrilo Princip joue non seulement sa place dans le mouvement mais surtout sa vie. Mourir en héros ou vivre en lâche ? Là est la question fondamentale. Depuis sa naissance et avant lui, la Serbie et la Bosnie sont en conflit : le représentant de l’occupation étrangère doit mourir.

Gavrilo Princip a le front ruisselant de sueur, les mains moites et les jambes tremblantes. La peur le cloue sur place. Soudain, il se rappelle les paroles des militants : « Il ne faut pas que tu aies peur, tu seras vraiment un héros ce jour là ! Ne pense pas aux conséquences, agit pour nous, pour la Serbie. » Gavrilo Princip a l’impression de tenir entre ses mains le destin de son peuple… plus précisément entre ses doigts glissants cramponnés au revolver. Petit à petit, en lui, la peur se répand, fait trembler ses bras et naît une angoisse abominable. Le geste qu’il doit accomplir le hante déjà.

La foule en liesse acclame le prince et Gavrilo semble perdu dans ce brouhaha. Il n’entend plus que son cœur qui bat dans sa poitrine. Il n’est plus temps de se demander ce qu’il faut faire. Pourtant Gavrilo Princip a l’impression que sa tête va exploser. Les secondes, en ce doux matin d’été, sont devenues des heures. La pression monte. Il est temps. L’index plié sur la détente, Gavrilo ferme les yeux. Après une grande inspiration ses paupières s’ouvrent et en une fraction de seconde, fixant la voiture royale d’un regard déterminé, Gravilo tire à plusieurs reprises sur le prince. Pendant un court moment, la fumée l’aveugle. Gavrilo vacille, ses oreilles sifflent, et déjà les cris de la foule retentissent.

Qu’a-t-il fait ? En voyant les gendarmes se précipiter sur la voiture du prince Gavrilo s’agite. Toute la foule aux visages déformés par la peur le regarde. Soudain, étrangement, des souvenirs remontent en lui. Il se rappelle du jour où sa mère est morte. La violence de cette nouvelle revient à lui et le plonge dans un affreux malaise. Ce jour-là son père, rongé par l’alcool, a peiné à lui annoncer l’assassinat de sa mère par un fou. C’est à partir de ce moment que Gavrilo est devenu amer. La haine dévore l’âme plus vite et plus violemment que n’importe quel autre sentiment. Depuis ce jour, Gavrilo sait qu’il est capable de tuer. Aujourd’hui, c’est fait ! Les douleurs de son enfance ont fait de Gavrilo Princip un assassin. A présent c’est lui le fou.

Maintenant, les gens commencent à s’agiter, à le pointer du doigt. Malgré la précipitation, Gavrilo prend le temps de chercher des yeux les militants sensés l’embarquer rapidement en voiture après sa mission. Mais les militants ont disparu. Gavrilo comprend que depuis le début il a été utilisé. Dès son entrée dans le mouvement, on l’a mis en avant... Cela n’a aucun sens. Pourquoi donner tant d’importance à un jeune délinquant serbe rencontré au milieu d’une manifestation ? Depuis le début, on s’est servi de lui. Il a été manipulé. Les autres se sont conduits en lâches. Et maintenant, la foule menaçante avance vers lui.

Bientôt Gavrilo ne maîtrise plus rien. Ses gestes et ses pensées s’entremêlent. La panique le prend. Sa respiration est de plus en plus bruyante. Ses yeux s’écarquillent. Un homme s’élance vers lui. Gavrilo lâche le revolver et s’effondre. Sous son corps, il sent le sol trembler. L’homme le frappe. Il se débat mais il ne veut plus tuer. La foule forme une masse noire et compacte autour d’eux. Les gens sont des géants, des poings énormes le rouent de coups, des ongles le griffent, des jambes le frappent… Puis peu à peu la foule se disperse. Le corps mutilé de l’homme qui a tué l’héritier gît à terre.

Ce doux matin d’été, à Sarajevo, deux hommes sont morts et le vingtième siècle commence.

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