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La clé

Ecrit par Laure Margerand (2nde, Lycée Bertrand d’Argentré de Vitré), sujet 2. Publié en l’état.

Ce que comprenait surtout Rémi, c’est qu’il allait devoir enfiler l’un de ces maudits casques. Et aucun stage de la police ne l’avait entraîné à enquêter dans un monde virtuel.

Rémi avait été promu lieutenant de police six mois auparavant. S’il s’était montré brillant lors des examens, le jeune policier manquait cruellement d’expérience, tout particulièrement dans le domaine informatique. Rémi savait, comme tout le monde, rédiger un texte, taper à l’ordinateur, faire une recherche sur Internet, mais ses compétences en matière d’informatique s’arrêtaient là. Ce manque était en grande partie du à son éducation, qui, à l’époque actuelle, aurait pu être qualifiée de rétrograde : son père refusait catégoriquement l’usage de l’ordinateur dans le cadre du loisir et sa mère estimait qu’un téléphone fixe suffisait amplement à toute la famille. En vérité, il était grandement reconnaissant envers ses parents de cette interdiction car celle-ci lui avait permis de développer de grandes qualités physiques et morales : s’il ne connaissait pas les possibilités infinies d’Internet, il avait, depuis son plus jeune age, montré beaucoup d’intérêt pour l’histoire. Il connaissait le mode de vie à la cour de Louis XIV sur le bout des doigts, pouvait évoquer les dieux et les mythes grecs des heures durant et savait décrire et reconstruire un drakkar viking, de la coque jusqu’au mat. Il n’avait jamais vécu l’expérience des jeux de rôles en ligne, mais était d’ores et déjà persuadé que ses connaissances sur le Moyen-Age allaient lui être grandement utiles pour retrouver son Graal : Lucie.

Il ne semblait y avoir désormais qu’une seule option : Rémi devait s’immerger dans le monde du jeu vidéo, au plus vite, afin de ne pas perdre définitivement la trace de la jeune disparue.

Les jeunes testeurs ne semblant définitivement pas en état de l’aider dans sa quête, Rémi décida de les renvoyer chez eux, leur demandant de rester disponibles en cas de besoin. Fred, quant à lui, offrit ses services, ainsi que sa bonne volonté à Rémi :

« Il me semble qu’en tant que concepteur du jeu, je me dois de me lancer à la poursuite de cette Lucie. Si quelqu’un veut nous rejoindre, il est évidemment le bienvenu. »

Le jeune PDG avait créé tous les secrets de son jeu, toutes les cachettes et tous les passages. Rémi dut avouer que la connaissance de ces astuces allait sûrement leur faciliter grandement la tâche. Il doutait néanmoins que leur quête soit, comme le prétendait Fred, « un vrai jeu d’enfant », (pourquoi l’aurait-il appelé si tel était le cas ?).

Le deux héros du dimanche tentèrent de parler stratégie durant quelques minutes, mais après cet incident, aucun d’entre eux ne savait réellement à quoi s’attendre dans ce jeu. De ce fait, la discussion s’avéra infructueuse. Fred et Rémi s’installèrent alors chacun devant une face de l’ordinateur pyramidal, enfilèrent les fameux casques de réalité virtuelle et lancèrent l’écran titre du jeu. L’immersion totale débutait. Rémi ferma les yeux et se retrouva, l’instant d’après, dans la peau d’un homme d’une soixantaine d’années, habillé d’une robe blanche, recouverte elle-même d’une longue cape brune. Il tenait à la main une fine canne en bois surmontée d’un pommeau à l’effigie d’un cerf. Après une observation détaillée du visage de son personnage, il reconnut une grossière reproduction de Merlin. En ce qui concerne son ami, en revanche, il n’avait aucune idée du personnage qu’il pouvait représenter. Il s’avéra plus tard que Fred incarnait Lancelot, mais cela n’avait pas grande importance ; sous son armure de chevalier, on ne distinguait que ses yeux. Autour d’eux se trouvait le néant, qui disparut, pixel par pixel, afin de laisser place à une grande salle en pierre, ornée de divers emblèmes à l’effigie d’un lion. Onze chevaliers étaient installés à côté d’eux autour de la Table ronde. Rémi s’étonna de voir son camarade frémir. Se pouvait-il qu’un vaillant chevalier comme lui puisse s’effrayer de se retrouver à treize autour d’une table ?

Tour à tour, les chevaliers prirent la parole et firent le récit de leurs tentatives infructueuses pour retrouver le Graal. Rémi et Fred n’osèrent pas interrompre le conseil mais s’impatientaient : ils connaissaient par cœur les aventures de Perceval, de Galaad et d’Erec. Tous ces chevaliers s’étaient distingués dans leur quête du Graal. Quand vint leur tour, Lancelot et Merlin expliquèrent qu’ils avaient dû se détourner de la recherche de la coupe sacrée pour tenter de retrouver la jeune Lucie.

- Qui est cette jeune fille ? demanda l’un des chevaliers. Une nouvelle fille cachée d’Arthur ?

- Nous savons très peu de choses à son propos. Nous avons fait sa connaissance lors d’une réunion sécrète : elle est très impliquée elle-aussi dans la recherche du Graal.

- Avez-vous pensé à Méléagant ? Ce fieffé bandit n’a guère eu de scrupules à enlever Guenièvre.

- Je ne pense pas, répondit Fred. Méléagant est un batailleur. Lucie a disparu comme par enchantement, sans laisser de trace. Nous y voyons plutôt l’œuvre d’un magicien.

- Malheureusement, Merlin, dit Gauvain en se tournant vers Rémi, tu es sans doute le plus à même de retrouver la trace de cette jeune fille. As-tu écouté les voix de Brocéliande, comme tu l’as fait si souvent dans le passé ?

- Merci pour votre écoute et vos conseils avisés. Nous allons reprendre le chemin de cette forêt enchantée : nous devons absolument retrouver cette jeune femme avant de poursuivre notre quête.

Merlin et Lancelot quittèrent promptement le conseil et chevauchèrent en direction de la forêt si familière au magicien. Les deux chevaliers traversèrent les sous-bois et atteignirent une clairière entourée de hêtres. Alors qu’ils s’apprêtaient à se reposer auprès d’une fontaine, une voix mystique les interpella dans le lointain :

« -Il y a quelqu’un ?

-C’est la voix de Lucie ! s’ecria Fred.

- Il me faudrait une clé : celle de treize, sûrement. »

Fred sursauta : voila que sa triskaïdecaphobie le reprenait :

« -Elle essaie de nous mettre sur une piste. J’ai compris ! Nous devons chercher une clé qui nous conduira au treizième apôtre Judas ; c’est ce traître qui détient Lucie.

-Attends une seconde ! Que viendrait faire Judas au milieu de nos chevaliers ? Treize... Cela pourrait représenter la treizième lettre de l’alphabet ; le « m » ! Comme mort.

-Ou Morgane ! Lucie a été emmenée par la Fée Morgane !

-Tu as raison, ce ne peut être qu’elle ! C’est une magicienne puissante, mais également une fourbe manipulatrice. Hélas, comment en viendrons nous à bout ?

-Demandons à Arthur ! Il la connaît sous toutes ses facettes et a sans doute assez de ressentiment envers elle pour nous aider. Il pourra nous procurer une armée !

-Vous pouvez m’en trouver une ? reprit la voix céleste.

-Tu vois, renchérit Fred, elle nous demande une armée ! Je te l’avais bien dit ! Seul Arthur pourra nous aider à lever une armée assez puissante pour combattre sa sœur. Allons le trouver. »

Merlin et Lancelot se remirent en route vers Camelot où Arthur les reçut avec empressement. Celui-ci vouait à l’enchanteur une reconnaissance éternelle et ne put donc qu’accéder à sa requête.

- S’il vous plaît ! Je ne vais pas tenir longtemps. Ça vous ennuierait de vous dépêcher ? Implora la lointaine voix de Lucie.

- Tiens bon, Lucie ! Nous avons réuni une puissante armée. Les chevaliers sont prêts à te défendre.

- Eh oh ! Quelqu’un m’entend ?

- J’ai comme l’impression qu’elle ne nous entend plus. Pourvu que Morgane n’ait pas intercepté nos échanges.

Un fracas soudain se fit entendre. Le sol se mit à trembler.

- Que se passe-t-il ? s’écria Rémi.

Le vacarme fit place au silence le plus total.
Le sol se déroba sous les pieds de Fred et il atterrit dans le monde réel. Devant lui, se tenait Lucie ; dans ses mains, le casque qu’elle venait de lui arracher.

- Lucie, que fais-tu là ?

- Eh bien, avec vous, on peut dire qu’il faut employer les grands moyens. Ça fait un bon moment que je vous appelle. Mais d’ailleurs, où sont les autres ? Et c’est qui, lui ?

- Tu as réussi à te libérer de la fée Morgane toute seule ?

- Qu’est-ce que tu racontes ? Quelle fée Morgane ? Si c’est celle du jeu dont tu parles, je ne l’avais pas encore vue quand j’ai arrêté de jouer.

- Arrêté de jouer ?

- Oui, mon écran semblait mal accroché. Tout le monde était déjà bien pris dans sa partie. Vous aviez la musique du jeu dans les oreilles, alors vous ne m’avez pas entendu et, en manque de compagnie, j’ai allumé mon MP3. J’ai essayé de me débrouiller toute seule et je suis allée voir sous la machine. Tu n’imagines pas le mal que j’ai eu à passer entre les fils sous la table pour arriver jusqu’au pied de la pyramide. J’ai appelé pour demander de l’aide mais personne n’a répondu. Il faut dire que là dessous, la forêt de câbles vaut la jungle d’Indiana Jones. Les sons étaient tout étouffés. Bon, j’ai resserré comme j’ai pu, avec mes doigts, mais ça aurait quand même été plus solide si j’avais eu une clé de 13. Il faudra qu’un technicien repasse derrière moi.

Cette histoire se terminait d’une manière un peu ridicule pour Rémi qui eut honte de s’être laissé emporter de la sorte. La vie n’est décidément pas un roman fantastique.

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