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Beau trouvé

Ecrit par Lucile Cardaliaguet (1ère, Lycée André Malraux), sujet 2. Publié en l’état.

Ce que comprenait surtout Rémi, c’est qu’il allait devoir enfiler l’un de ces maudits casques. Et qu’aucun stage de la police ne l’avait entraîné à enquêter dans un monde virtuel...

Son corps se matérialisa lentement. Soudain, un parfum de genêts fleuris l’incita à ouvrir les yeux. Une lande parsemée de bruyères s’offrit à son regard. Au-delà, il aperçut une rangée d’arbres au feuillage épais. C’était l’orée d’une sombre forêt vers laquelle il se dirigea aussitôt, comme mû par une force mystérieuse et puissante. Bientôt Rémi s’engagea dans un enchevêtrement de branches épineuses, hostiles, mais à mesure qu’il progressait dans ce chaos de branchages, le chemin s’élargissait, les contours se dessinaient plus nettement, comme pour l’inviter à poursuivre sa quête en ce lieu étrange. La forêt, splendide et angoissante, se dressait vers le ciel, masquant le soleil et atténuant sa lumière qui tombait cependant sur les cimes des arbres les plus hauts.

Rémi venait d’entrer dans la célèbre forêt de Brocéliande ! Terre de légendes et d’éternels mystères. Et déjà le charme agissait. Il venait d’entrer dans la légende.
Malgré la beauté du spectacle qui s’offrait à eux, Rémi et ses compagnons ne prirent pas la peine de s’arrêter pour regarder le lever du soleil sur les feuilles des arbres. Ils avaient quitté la capitale du royaume le matin même, et se dirigeaient désormais au galop vers l’intérieur des terres, traversant la forêt. Lorsqu’il était arrivé dans ce monde, les souvenirs du passé de Rémi avaient été modifiés afin de lui faire croire qu’il avait vécu toute sa vie ici, en cette terre bretonne, la terre des héros et des chevaliers. Il avait été adoubé par le roi Arthur Pendragon en personnecar son courage, son maniement des armes et sa détermination à rechercher une demoiselle avaient été appréciés. Rémi s’était fait progressivement une place à la cour, ce qui lui permettait de continuer ses recherches. Mais celles-ci, avec le temps, devenaient de plus en plus désespérées.
Mon plan se déroulait comme prévu.

Quelques jours plus tôt était apparue la fameuse Table ronde, où seulement certains chevaliers, parmi les plus nobles de cœur, les plus courageux et les plus téméraires du royaume, avaient le droit de prendre place. Arthur, Bedwir, Hector, Keu, Tristan, Lionel, Yvain, Bohort, Agravain, Gauvain, Perceval, Rémi et tant d’autres. Tous étaient susceptibles de trouver un jour le Graal sacré, tous ne rêvaient que de cela, sauf lui. Mais la Quête était pour lui une occasion de se mêler aux héros. Même s’il ne savait pas vraiment pourquoi, elle lui apparaissait comme une nécessité.

Les images en temps réel défilaient dans ma boule de cristal. Je souris. Ainsi donc, il croyait toujours que son nom était Rémi. Et que sa mission était de rechercher une jeune femme qui se serait perdue. Lucie, si mes souvenirs étaient bons. Quelle galanterie mais quelle crédulité ! Etait-ce vraiment celui dont la prophétie parlait ? Et pourtant, toutes les épreuves qu’il avait traversées auraient dû le mettre sur la voie de la vérité. Cependant, je ne l’avais jamais aiguillé suffisamment, je devais l’admettre. Il était important qu’il ne sache pas tout immédiatement. Mais, n’avait-il jamais entendu parler de la légende des chevaliers de la Table ronde ? Les épreuves... elles avaient toutes pour but de le tester. Le chemin du Graal n’est pas facile pour celui qui l’emprunte. Mais c’était lui, j’en étais sûr. Que de temps il m’avait fallu pour te l’arracher, Viviane ! Etait-ce cela ta vision de l’amour maternel, ma chère ? Tu avais voulu le garder pour toi seule, l’emmener dans les différentes strates du futur, modifiant son âge pour avoir le plaisir de l’élever des dizaines de fois à la suite ! Mais c’était fini maintenant, je le tenais, ton cher petit. Il m’avait fallu du temps pour retrouver ta trace, pour le retrouver. Mais c’est du passé, Viviane, mon amour. En tous cas, je peux te féliciter, tu l’as bien éduqué. Il manie très bien l’épée, on pourrait presque croire qu’il a fait cela toute sa vie.

- Arrêteras-tu un jour de te moquer, Merlin ? Ton plan a marché, tu peux être fier, cependant il suffit ! Rends-moi mon fils, maintenant.

- Te rendre ton fils ? Te souviens-tu que c’est moi qui l’ai trouvé ? Au lieu de te lamenter, regarde plutôt le destin s’accomplir...

- Quel destin, Merlin ? Encore ton rêve chimérique ? La vie ne te l’a donc pas suffisamment enseigné, Merlin, ça ne réussira pas ! Merlin !

Mais j’avais déjà mis fin à notre conversation mentale. Cette fois, tout se déroulerait comme prévu. Cette fois, nous ne serons pas tous trois acteurs : il n’y aura qu’un seul comédien, elle ne sera que spectatrice. Et moi, je serai le metteur en scène. J’avais pris mes précautions pour qu’elle ne puisse pas intervenir.
Rémi poursuivait sa route, accompagné de ses trois fidèles compagnons, Agravain, Bohort et Gauvain. Ils arrivèrent dans un petit village où, las après leur longue chevauchée, ils décidèrent de s’arrêter. Cependant, à leur vue et à celle des cottes de mailles et des emblèmes du royaume de Bretagne, une grande agitation ébranla les rues. Agravain demanda donc aux paysans :

- Qu’y a-t-il ? De quoi semblez-vous effrayés ?

- Il y a, Monseigneur, que des fantômes sont venus s’installer dans les ruines du vieux château que vous pouvez voir par là. Ils font beaucoup de bruit, dérangent les troupeaux, volent nos récoltes et nos biens et terrorisent les villageois et les paysans qui n’osent plus s’en approcher. Pourtant, les champs qui les longent ont toujours été les meilleurs sur cette terre. Maintenant, comme plus personne ne se risquerait à les labourer, cela provoque de la famine pour nos enfants.
Alors, malgré leur fatigue, les trois chevaliers partirent en quête des fantômes et pénétrèrent dans les ruines. Mais, au lieu de trouver des spectres, ils tombèrent nez-à-nez avec des brigands de grands chemins. Les trois chevaliers dégainèrent et s’apprêtèrent à donner une bonne leçon à ces scélérats qui s’autorisaient à traumatiser des populations sans défense. Les félons battirent très vite en retraite et s’enfuirent tels des lâches. Le combat terminé, les chevaliers se mirent à explorer les ruines. Mais Rémi, s’avançant trop près de décombres branlants, tomba dans une cavité cachée et profonde.

Il pensa tout d’abord que le lieu dans lequel il était tombé n’était rien d’autre qu’une prison, mais il réalisa sa méprise lorsque, relevant la tête, il s’aperçut qu’il était dans un immense jardin souterrain, avec, en son centre, une somptueuse fontaine dont l’eau s’écoulait toujours. Partout, la végétation avait continué de pousser. Non, cela n’était pas exact. En ce lieu, le temps semblait s’être arrêté, et il avait figé l’endroit dans sa magnificence. Pendant que, curieux, le jeune homme s’avançait parmi ces branchages et ces colonnes de style antique, certaines bariolées de couleurs rouge et noire, d’autres restées à l’état pur de pierre légèrement jaune, des jeux d’eau s’animèrent, lui offrant un spectacle splendide. Il admira les statues de personnalités inconnues en marbre blanc et gris, qui reposaient sur des piédestaux, surplombant les simples humains avec bienveillance. Une douceur de vivre régnait dans ce lieu étrange. Sur la gauche, un dôme de branchages fleuris couronnait un autel de marbre blanc veiné de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. En face, un rideau de velours rouge attirait l’attention. Rémi s’avança, repoussa légèrement le rideau, et découvrit avec stupéfaction, une stèle tombale sur laquelle il lut : « Toi qui viens de tomber, apprends ton véritable nom ».
Enfin, le Jardin. La vérité approchait.

Cela faisait si longtemps que j’étais là, à croupir dans cette grotte humide et sombre. Sentir la chaleur du soleil sur ma peau était ce qui me manquait le plus cruellement, excepté ma bien-aimée forêt. Brocéliande...quel nom si doux. Cependant, moi enfermé, elle avait perdu tous ses mystères pour ces humains qui ne savent plus croire en rien, si bien qu’ils s’étaient détournés d’elle, l’avaient détruite. Brocéliande. Aujourd’hui, il n’en reste rien, rien que le nom, rien qu’une légende qui ne passionne plus. La magie aussi a disparu, chassée par la bêtise des peuples, et là où elle avait laissé dans le cœur du monde une place vide, ils se sont dépêchés de la combler par la technologie. Pourtant, toute la magie ne s’est pas évanouie, il reste celle de la Dame du Lac et la mienne. Cela fait maintenant des milliers d’années.

J’ai eu du temps, assez pour faire en sorte de retourner dans cette époque où la magie était bénie. Mais pour cela, j’ai dû retrouver Viviane et son fils. Cela n’a pas été chose facile. Le plus dur a été de tromper la vigilance étroite de la mère et de faire revenir le fils en Bretagne, il y a un millénaire.
Le temps, je m’en moque, je suis l’Enchanteur : je suis immortel, je peux faire revenir le passé, je peux voir et transformer le futur !
Je souris de nouveau, malicieusement, je me rapproche de l’entrée de la grotte, afin de profiter un peu de l’aurore de ce jour qui s’annonce. Non, finalement, cela avait été magnifiquement aisé. Transplanter un véritable monde intemporel dans un jeu virtuel : un jeu d’enfant, tout autant qu’attirer ce jeune enquêteur dedans. L’histoire recommence ici, la légende reprend ses droits et bientôt dans le continuum d’espace-temps, ce monde technologique ne sera plus qu’un lointain souvenir d’avenir. Mais c’est la dernière chance.

- Vous devez être le jeune homme de la prédiction.

La voix fit se retourner Rémi. Il découvrit une jeune femme au visage lumineux, fantastiquement belle. Il sut immédiatement qui elle était, tout en sachant qu’il ne l’avait jamais rencontrée.

- L’Enchanteur m’a envoyée me présenter à vous, Monseigneur.

- L’Enchanteur ?

- Merlin, de son vrai nom. Il est actuellement indisponible, mais m’a dit de vous
attendre. Il est fier d’avoir réussi à vous amener jusqu’ici. Dorénavant, tout repose
sur vos épaules, Monseigneur.

- De quoi voulez-vous parler ?

- De la Quête, bien entendu. Votre véritable mission est la Quête.

- Je ne cherche pas le Graal. Je suis à la recherche d’une jeune femme. Je m’appelle
Rémi, et elle Lucie.

- Vous venez de me trouver. Mais je crois que vous vous méprenez... sur votre
véritable identité, Galaad.

Et puis, aussi silencieusement qu’elle était apparue, la belle demoiselle s’évanouit.
Rémi fut réveillé de l’étourdissement provoqué par sa chute par Gauvain, qui était descendu le chercher. La nuit était tombée.

- Lancelot ! Comment te sens-tu ?

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