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Regard noir

Écrit par ECOTIERE Simon (4ème Collège Notre Dame de Niort)

Regard noir

Elle esquissa un pas à reculons, puis fit une brusque volte-face et s’éloigna en s’efforçant de ne pas courir.

Mais qui était cet homme ? Et quel homme ! (A côté, le mot « grand » devenait bien ridicule) se demandait Lola. Et que faisait-il par ici, dans ce trou paumé ou seules sa mère et elle vivaient ?
Et surtout qui était-il pour l’empêcher de terminer sa revue de presse ?
Tandis qu’elle se posait un trop-plein de questions, elle arriva vers sa chambre, et se figea lorsqu’elle entendit la sonnette.
« Encore ce gorille ! » pensa-t-elle en souriant de sa métaphore.
Elle fit celle qui n’avait rien entendu et entra dans sa chambre exigüe alors que la sonnette se faisait entendre une seconde fois. Elle attendit un moment, le souffle court, aux aguets. Puis elle fit le tour de sa chambre à pas de loups tout en pensant au gorille.
« Que lui voulait cet étrange personnage ? »
Elle s’assit sur son lit. Il n’y avait pas un bruit dans la maison, sa mère étant encore à son travail. La jeune fille se rappela encore des mots traditionnels prononcés par sa mère, comme chaque soir, avant qu’elle ne parte à son cabinet remplacer une de ses collègues :
« Je ferme la maison à clef. Tu n’ouvres à personne, évidemment, et surtout pas à Charles. J’ai laissé mon numéro sur la table, si besoin. À toute à l’heure, ma chérie. »

Charles était le père de Lola divorcé depuis bientôt huit ans. Il était devenu reporter, reconnu mondialement. Depuis, elle collectait secrètement tous les articles qui le concernaient.

Elle se revit encore petite, mignonne, et innocente, demander à sa mère sans aucune gêne :
« Maman, pourquoi papa Chat il est parti ?

  • Mais tu sais bien, je te l’ai déjà expliqué plusieurs fois !
  • Allez, maman !
  • Papa et moi on… ne s’entendait plus très bien parce que… »
    Sa voix s’était brisée, et la petite avait immédiatement demandé :
    « Tu pleures ? »
    Plus tard, elle lui a fait la confidence que Charles ne l’aimait plus comme un amoureux, et il était devenu violent avec elle. À son âge, elle était assez grande pour comprendre que papa Chat l’avait « abandonnée » et qu’elle ne le reverrait sans doute plus. Elle était restée triste pendant quelques semaines puis elle avait oublié ses tourments.

Elle revint à la réalité en sursautant, car elle venait d’entendre un bruit sourd sur sa vitre et failli hurler de peur. L’ogre était là, et il cognait contre la vitre pour attirer son attention. À ce moment, terrorisée, elle aurait donné cher pour pouvoir devenir une fourmi et s’évader entre les lattes du parquet ciré, tellement le regard de cet homme était perçant, mais elle ne possédait pas ce don et soutint ce regard si dur. De toute évidence, il était très en colère, et, même sous la pluie, on distinguait facilement la cicatrice qui lui barrait le front. Il lui fit un signe et s’éloigna.
Lola se sentait observée, traquée, comme un animal. Telle une proie poursuivie par son prédateur…sauf que là, la proie c’était elle, et on devinait sans peine le prédateur.

C’est seulement à ce moment-là, qu’elle fit le rapprochement. Se pourrait –il que l’homme qui la traquait soit son père ?
Petit à petit, elle en devint sûre et certaine. Elle revoyait avec précision cette cicatrice si singulière que son père possédait. Quand, autrefois, elle lui demandait d’où venait cette zébrure particulière, il lui avait répondu avec sagesse :
« Tu sais Lola, dans la vie, on fait tous des erreurs, et il en reste toujours une trace, une marque, qui reste profondément dans notre cœur, ou qui reste apparente physiquement… »
Sur le moment, elle n’avait pas compris le sens de la phrase, qu’elle gardait pour elle, comme un souvenir de son papa Chat. Et maintenant, elle prenait tout son sens.

Ça lui paraissait impossible, et pourtant il fallait se rendre à l’évidence : cet homme la recherchait. Elle eut soudain un élan de compassion pour son père qu’elle n’avait plus revu depuis trop longtemps, comme une envie, un besoin vital de revoir son père biologique, celui qui lui avait donné la vie…
Devait-elle suivre les avertissements répétés de sa mère et se cacher en attendant son retour, ou au contraire aller à la rencontre de ce père mystère ?
Pouvait-elle prendre le risque d’ouvrir à ce type énervé au regard de babouin enragé ?
Elle sortit de sa chambre à pas de loups, sur ses gardes. Se dirigea vers la salle à manger, puis par le hall d’entrée, traversant au passage le couloir étroit ainsi que la cuisine spacieuse et lumineuse. Partout, les yeux perçants la suivait, la fixait, l’épiait, et ça lui faisait une drôle d’impression. Elle était terrorisée, mais aussi impatiente de revoir son père.
Charles était derrière la porte, comme en témoignaient les bruits de sonnette stridents, qui provenaient du petit boitier au-dessus de la porte d’entrée. Elle pouvait revoir son père, papa Chat !

Lola respira un grand coup et ouvrit la porte. Seulement, quelque chose n’allait pas, pas du tout. C’est alors qu’elle reconnut immédiatement le badge EDF boutonné sur le k-way trempé de celui qui se tenait debout devant elle.

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