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Insomnia

Écrit par DONADIEU Clémentine (1 ere, Lycée André Malraux de Gaillon)


Elle esquissa un pas à reculons, puis fit une brusque volte-face et s’éloigna en s’efforçant de ne pas courir.

De panique elle s’était emparée de la paire de ciseaux posée sur la table avant de s’enfuir. Elle ne fit que quelques mètres avant de s’effondrer au sol, suffoquant, tentant en vain de reprendre sa respiration. Que voulait cet homme ici ? Elle avait senti son regard presque transpercer son âme et maintenant elle ne savait plus quoi faire. Peut-être devrait-elle simplement lui poser la question, ou alors rester là, invisible en attendant que quelqu’un rentre à la maison.
C’était déjà la troisième fois qu’une « personne » surgissait de cette manière quand elle était seule. Ils étaient toujours vêtus de noir, aussi sombre que leurs yeux, et cela l’effrayait toujours autant. Lola faisait de plus en plus de cauchemars, quand bien même elle trouvait le sommeil.
Ce qui l’inquiétait le plus était leur apparence, si imposante et inquiétante qu’elle se demandait si ils étaient bien humains... Elle ne rêvait pas pourtant ?
Elle finit par se relever, et, revint lentement sur ses pas. Elle devait savoir. Tout cela ne pouvait plus continuer. L’homme était toujours là, debout, sous la pluie. Lola se sentait faiblir à chaque pas sous ce regard inquiétant. Elle tremblait, avançant sa main sur la poignée de la fenêtre pour la déverrouiller. Elle tourna la clef et s’éloigna aussitôt en fermant les yeux. Après quelques secondes, n’entendant aucun bruit, elle rouvra les yeux avec appréhension et sursauta en étouffant un cri ; l’inconnu se tenait à quelques mètres d’elle et souriait, il souriait avec une expression si effrayante qu’elle eut un mouvement de recul.

  • « Qui êtes-vous ? »
    Son sourire grandit encore mais ses yeux s’assombrirent.
  • « Le messager. »
    Le rythme cardiaque de la jeune fille s’accéléra à l’entente de sa réponse.
    « N’aie pas peur, je ne te ferai rien... il plongea son regard de plus en plus inquiétant dans le sien. Je n’en aurais même pas besoin tu sais. »
    Lola, sous le choc s’agrippa à la table juste derrière elle et se retourna, ne pouvant plus soutenir ce regard sans défaillir. Quand elle voulut lui faire face de nouveau, l’homme avait disparu.

Plusieurs jours passèrent sans qu’elle ne revit l’inconnu. Malgré cela, elle avait pourtant le sentiment d’être constamment observée et cela la rendait très mal à l’aise. Un soir alors qu’elle rejoignait peu à peu les bras de Morphée, elle cru entendre quelqu’un l’interpeller. Lola se redressa d’un bond et alluma la lumière le cœur battant à tout rompre. Elle regarda partout autour d’elle mais ne vit rien d’autre que sa chambre comme elle l’avait toujours été. La jeune fille se calma un peu et se recoucha, gardant cependant la lumière allumée. Elle se tournit vers son réveil : 4h34.
Elle avait déjà eu énormément de mal à trouver le sommeil et voilà que maintenant elle ne pouvait plus fermer l’œil. Dormir pour Lola devenait quelque chose de plus en plus rare et compliqué. Son état physique se dégradait de plus en plus également et sa mère commençait vraiment à s’inquiéter. La jeune fille se renfermait sur elle-même et mangeait de moins en moins.
Un jour où elles étaient toutes les deux à table, Lola entendit à nouveau quelqu’un l’interpeller doucement. Cette voix ressemblait étrangement à celle de l’inconnu… De surprise et de fatigue, elle fondit en larmes sous les yeux ahuris de sa mère. Elle voulait que tout s’arrête.
Le lendemain, sa mère décida de l’emmener chez le médecin, elle ne pouvait plus rester comme ça. Il la reçu seule dans son cabinet, et, après l’avoir examinée, il tenta de lui poser quelques questions. Lola, d’abord réticente, finit par tout lui raconter. Ce qui provoquait toutes ses insomnies depuis maintenant un mois. Le médecin l’avait écoutée parler de ce curieux messager, ces appels et cette peur qui ne la quittait pas.
Il lui prescrivit quelques somnifères et autres médicaments en lui conseillant vivement de se reposer, puis lui indiqua la sortie en lui disant :
« J’aimerais parler un instant avec ta mère s’il te plait, peux-tu l’attendre dehors ? » Lola acquiesça et quitta le cabinet, s’asseyant sur une marche de l’entrée.
Sa mère finit par sortir également dix minutes plus tard. Elle était toute pâle et avait le regard vide, elle ne prononça pas un seul mot jusqu’à ce qu’elles rentrent à la maison.
La jeune fille monta directement dans sa chambre, complètement exténuée et prit un des somnifères qu’elle venait d’aller acheter juste avant. Pendant qu’elle se blotissait dans sa couette, sa mère monta dans sa chambre pour lui dire de bien se reposer et qu’elle irait sûrement mieux. Elle lui dit également qu’elle sortait ce soir avec quelques amies et qu’elle rentrerait sûrement dans la nuit. Lol lui sourit et lui souhaita une bonne soirée, il était 18h02.
Elle finit par s’endormir, quelques minutes plus tard.

23h42.
Il faut croire que ses insomnies la suivait encore de près car seulement quelques heures plus tard, elle finit par se réveiller malgré ses médicaments.
« Tu sais, tu n’es pas très utile à ce monde Lola. »
Son cœur loupa un battement après ce qu’elle venait d’entendre, elle avait chaud, ayant du mal à respirer convenablement. Lola n’osait même pas allumer la lumière, elle était pétrifiée. Son corps ne répondait plus.
« Je m’en irai d’ici si tu veux… à une condition. »
Mais qui était-il ? qu’est ce qu’il pouvait bien lui vouloir ? Et puis comment il avait pu entrer ici ? elle avait envie de fondre de larmes, totalement désemparée. « Q-Quoi ? » hésita-t-elle.
Retrouvant l’usage de ses membres, elle décida d’allumer la lumière et eut un mouvement de recul lorsqu’elle perçut une ombre dans le coin opposé de sa chambre. Elle ne distinguait pas vraiment d’où venait la voix de par la distance ajoutée aux larmes qui continuaient de brouiller sa vue. Toute cette histoire était un véritable cauchemar. Elle faillit sursauter en entendant la voix résonner à nouveau.
« À la condition que tu souffres. Ton existence ne vaut rien pas vrai ? Je sais que tu as confiance en moi, je disparaîtrai si tu m’écoutes. »
Lola ne comprenait plus rien, pourquoi on lui faisait ça après tout ?
« Pourquoi moi ? Mais qu’est-ce que j’ai fait !? »
« Tu le sauras bien assez tôt et puis je te l’ai dit, tu n’es pas très utile à ce monde et tu es faible, totalement faible Lola. »
Ses larmes dévalaient ses joues de plus en plus rapidement et sa respiration se faisait lourde dans la pièce vide. Elle se leva de son lit lentement, se retenant pour ne pas chanceler.
« C’est bien, je sais que tu vas m’écouter. Fais toi du mal Lola, souffre et je disparaîtrai. Je tiendrai ma promesse, tu ne m’entendras plus, plus jamais. »
Elle voulait qu’il se taise, elle ne voulait plus entendre cette voix, c’était insupportable. Totalement insupportable.
Alors, inconsciemment, elle se dirigea vers la cuisine et se saisit de la lame posée sur la table avant de remonter dans sa chambre. La voix continuait de résonner n’importe où, où elle allait et cela devenait de plus en plus éprouvant pour Lola.
Elle se rassit sur son lit, ses larmes ne coulaient plus, ses mains ne tremblaient plus. Elle dirigea la lame lentement vers son avant-bras sans vraiment réfléchir, elle voulait juste que tout cela cesse.
« Aller, tu peux le faire. Je sais que tu ne veux plus m’entendre. »
La lame écorcha doucement son bras une première fois, elle continua jusqu’à ce que le liquide vermeil commence à s’écouler petit à petit. Son entaille l’obnibulait, elle ne put s’empêcher de recommencer à nouveau, plusieurs fois, toujours plus profondément. Elle entendait la voix s’affaiblir au fil des coups de lame sur sa peau laiteuse. Elle souriait, il tenait sa promesse. Elle se donnait du courage, se disant qu’elle pouvait supporter sa douleur au prix qu’il disparaisse enfin et que tout se termine.
Elle l’enfonçait de plus en plus rageusement, ne voulant plus rien entendre du tout. Sa tête tournait mais elle s’en fichait, la voix devenait peu à peu silencieuse. Elle finit par s’écrouler sur son lit, le sourire aux lèvres. La pièce devenait alors de plus en plus silencieuse. Même son souffle devenait difficile à distinguer.
00h14.
Ce que Lola ne sût jamais, c’était ce que le médecin avait dit à sa mère ce jour-là..
« Je crains que votre fille soit atteinte de schizophrénie. »

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