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N’oublie pas de dire aux hommes

Écrit par BRAJON Clara (5 ème, Collège Taisson d’ Alès)

Elle esquissa un pas à reculons, puis fit une brusque volte-face et s’éloigna en s’efforçant de ne pas courir

 : hors de question de montrer son angoisse et pourtant, elle était morte de trouille ! Arrivée à la porte, elle hésita : que faire ? Quitter la pièce ou bien rester planté là, sans bouger ? Elle choisit la première solution mais avant, elle voulut jeter un coup d’œil à cette face d’ogre, de loup ? Elle ne savait plus. Quand elle se retourna, l’étrange créature avait disparu : la nuit tombait et Lola se posa quand même de nombreuses questions sur cet être aperçu brièvement la fenêtre. Elle décida malgré sa peur d’aller voir d’un peu plus près ce qu’il en était et poussa légèrement les rideaux avec une certaine appréhension. Il n’y avait personne. Alors elle ouvrit la fenêtre et se pencha pour jeter un œil aux alentours : pas la moindre trace, pas le moindre indice qui prouvait que tout à l’heure il y avait quelqu’un là. Alors elle prit son courage à deux mains, ouvrit la porte et braqua sa lampe par terre pour voir s’il y avait des traces de pas. Bingo ! Elle distingua sur le sol des traces de pas étranges qui se dirigeaient vers la montagne toute proche de chez elle. Comme ses parents n’étaient pas encore rentrés à la maison, elle prit la décision de suivre ces pas. La curiosité était plus forte que l’appréhension.
Elle s’aventurera donc toute seule dans l’épaisse forêt, marchant une bonne demi-heure. À un moment donné, les pas s’arrêtèrent. Elle braqua sa lampe autour d’elle et aperçut un peu plus loin sur un rocher une silhouette. Elle s’approcha en plissant les yeux et se rendit compte qu’il s’agissait d’un homme. Elle décida d’aller à sa rencontre pour en avoir le cœur net mais plus elle s’approchait, plus la silhouette changeait d’aspect : des poils semblaient recouvrir sa peau. C’est alors qu’elle fit craquer une brindille sous son pied. Elle ne bougea plus, figée par la peur. L’être se mit debout et s’avança vers elle, d’un air qui lui sembla menaçant. Elle n’eut pas la force de fuir parce qu’elle avait l’impression que ses deux pieds étaient vissés dans la terre : elle vit le visage bizarre aux immenses yeux rouges et luisants avec à la place de la bouche, une gueule ; quant au corps, il était tout velu. Elle n’eut pas la force de crier non plus tant la peur la paralysait : cet être bizarre était en réalité un homme loup ! Il ouvrit une gueule énorme, montrant toutes ses dents pointues : elle pensa que sa dernière heure était arrivée et ferma les yeux pour ne pas voir la suite. Et puis elle entendit :
—Coucou ! Ouvre les yeux ! Je ne suis pas un monstre.
Lola, sur ses gardes, entrouvrit légèrement les yeux : il était à côté d’elle et la regardait en souriant :
—Vous… vous n’allez pas me manger, alors ? demanda-t-elle en claquant des dents.
—Mais non ! Puisque je te dis que je ne suis pas un monstre ! N’aie pas peur de moi, je t’en prie ! Je savais que tu viendrais, Lola !
Surprise, elle lui demanda comment il savait son prénom et ce qui lui voulait. L’homme loup lui répondit que depuis longtemps, il s’ennuyait, seul dans sa montagne et qu’alors, à la nuit tombée, Il venait regarder vivre les gens du village. Un jour, il avait aperçu Lola qui soignait un petit oiseau blessé et il s’était dit qu’elle devait avoir beaucoup de cœur. Alors, il l’espionnait souvent et c’est comme ça qu’il avait entendu sa maman l’appeler par son prénom. Il n’avait jamais vu une petite fille si ouverte d’esprit et adorable qu’elle. Il voulait tellement faire sa connaissance car il désirait absolument être compris par au moins une personne sur cette terre : est-ce qu’elle voulait bien entendre son histoire ? Elle accepta et l’écouta raconter.
Il lui expliqua comment, un jour, il s’était réveillé pour se découvrir brutalement métamorphosé, tout couvert de poils, avec une mâchoire vraiment bizarre et des dents, mon dieu, quelles dents ! Ses propres parents, horrifiés, l’avaient chassé avec cruauté sans se soucier de ce qu’il deviendrait.
Il lui jura qu’il n’était pas méchant, qu’il ne voulait de mal à personne mais qu’il était rejeté juste parce qu’il était différent des autres : pourtant, être différent, ce n’est pas être un monstre. Et ce n’est pas une raison pour que les autres nous fuient. Ces autres qui lui manquaient beaucoup puisqu’il n’avait plus ni famille ni amis. Et il détestait être seu. Lola l’écouta, émue.
—J’aimerais que tu dises aux gens qu’ils ne doivent pas avoir peur de moi et qu’ils me laissent revenir parmi eux sans chercher à me tuer : j’ai remarqué qu’on tue souvent ce qui fait peur, sans chercher à savoir s’il y a du danger réellement. Et moi, j’aimerais tellement vivre comme tout le monde. Alors tu comprends, j’ai vraiment besoin de toi. Tu diras aux autres tout ça ?
Lola promit :
—Bien sûr ! Tu peux compter sur moi ! Tu as été assez malheureux comme ça ! Mais en attendant, il faut que je rentre vite parce que mes parents vont s’inquiéter et ma lampe faiblit : bientôt je n’aurai plus de lumière.
—Mais tu reviendras demain ? C’est sûr ?
—Oui, tu peux avoir confiance en moi ! Et comme ça, on va mettre au point un plan pour te faire accepter.
Elle arriva à temps chez elle, juste avant que ses parents n’arrêtent la voiture dans la cour de la maison. Elle ne raconta rien de ce qui s’était passé, attendant de voir la suite des événements. Et puis, s’ils avaient su, ils l’auraient empêchée de retourner à la montagne
Le lendemain après-midi, c’était mercredi et elle n’avait pas cours. Elle courut jusqu’à la montagne, pressée de retrouver le rocher où elle avait laissé la veille son nouvel ami. Mais elle eut beau l’appeler, chercher, personne. « Il s’est bien moqué de moi » songea-t-elle en colère. Elle était déçue aussi parce qu’elle avait cru en lui et qu’elle était prête réellement à l’aider pour que les autres se conduisent avec lui avec humanité. Mais bon, elle avait dû se tromper : une fois de plus, son bon cœur lui avait joué un tour.
Alors elle s’en retourna sur ses pas, un peu abattue quand même. Elle allait presque sortir de la forêt lorsqu’elle entendit un gémissement : elle s’arrêta, surprise. Le gémissement reprit de plus en plus fort. Elle s’approcha de l’endroit d’où venait le bruit et découvrit le pauvre loup-garou couché sur le côté, du sang plein la poitrine : elle poussa un cri et demanda :
—Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ?
Il eut à peine la force de prononcer : « Les… les chasseurs… Ils m’ont vu et m’ont couru après en criant : « Il faut le tuer, il faut le tuer ! » J’avais presque réussi à leur échapper et puis je me suis pris les pieds dans une racine et je suis tombé, assommé. Ils en ont profité pour me rattraper et ils m’ont tiré dessus. » Et tandis qu’il racontait d’une voix de plus en plus faible ce qu’il lui était arrivé, Lola pleurait. Il poussa un gros soupir et mourut.
Lola, pétrifiée, regarda ce pauvre être vivant si gentil que la bêtise des hommes ignorants venait de faire mourir. Et elle se jura de faire tout son possible pour tenter de changer le monde parce qu’elle pensait vraiment que les hommes et les animaux devaient vivre en se respectant les uns les autres puisqu’ils appartenaient tous à un même monde : celui des êtres sensibles.

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