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Arrivée imminente

Écrit par : JBIHA Inès (3ème, Ecole Jeannine Manuel, Marcq-en-Baroeul)

Il était 16 heures lorsque leurs cris ont percé notre rue.
— Ils arrivent, a dit Jules. Ses yeux brillaient d’une joie féroce.

— Faites attention à vous ; le moindre faux mouvement et tout est terminé, ai-je dit en m’approchant de Chloé. Tu es sûre de vouloir le faire ? lui demandais-je avec incertitude.
— Oui Papa, a répondu Chloé, c’est à moi que revient cette tâche, je ne peux pas rester dans un coin et vous regarder vous battre sans rien faire. S’il te plaît, fais-moi confiance.

Je l’ai regardée s’approcher lentement de la fenêtre. J’appréhendais autant qu’elle le moment où elle l’atteindrait, et surtout, le moment où la grenade exploserait dans les rangs de l’ennemi. Malgré son désir de lancer la première grenade, je ne pouvais me résoudre à voir ses mains si innocentes tenir des objets si mortels et terrifiants. Alors j’ai avancé vers elle. Ma femme a stoppé ma main. Je la regardai, la questionnant du regard, mais elle s’est contentée de secouer la tête. Des larmes ont rempli ses yeux.

Lorsque j’ai détourné le regard, il était trop tard pour faire quoi que ce soit. Les cris se sont intensifiés et Chloé a dégoupillé la première grenade.

C’était fait. Ce moment que j’avais tant redouté. Pas seulement pour moi, mais aussi pour ma famille. Nous y étions.

J’ai cherché mon fusil d’assaut laissé dans un coin de la pièce et me suis approché de la fenêtre.
— Ah ! J’aurais dû le faire, ai-je pensé en voyant la scène.
Les soldats armés n’étaient pas assez proche, la grenade a juste touché la première ligne. L’effet de surprise était celui que j’attendais, mais pas la déstabilisation. Leurs rangs étaient toujours aussi serrés qu’avant. Mais, ce qui était fait était fait. Désormais, on doit se battre pour défendre nos droits, notre maison, et surtout nos vies.

Les soldats connaissaient l’endroit où on se trouvait. Ils ont hurlé de plus belle. J’ai senti ma femme, Juliette, sursauter derrière moi : les premiers coups de feu avaient été tirés. A l’aide de mon fusil, j’ai tiré à vue dans l’amas de soldats. Je n’avais guère eu beaucoup d’occasions de tirer sur des êtres humains. Je dois dire que c’est plutôt déstabilisant.

Mais je suis le chef de famille. Je me dois de rester fier et courageux devant l’ennemi qui nous guette. Si je ne le peux, qui le pourra ? Derrière moi, ils doivent tous être terrorisés. Mais qui ne le serait pas ?

Les voisins du dessous sont restés barricadés dans leur appartement. Ils ont peut-être choisi un autre moyen pour survivre. Rester caché. Tenter de se faire oublier en attendant que le danger passe. Mais si personne ne se décide à se battre, l’immeuble sera réduit en cendres, et nous avec lui.

— Papa, a dit Jules, écarte-toi s’il te plaît.
Je n’ai pas eu le temps de répondre. Il était déjà à côté de moi, prêt à tirer. Je n’ai pas eu le temps de lui dire de ne pas trop s’approcher. Il avait déjà abattu deux hommes. Je ne sais pas où il a appris à tirer. J’ai peur de savoir. Les yeux de Juliette, à la place des larmes, étaient remplis de questions. A sa gauche, Chloé. Ma petite Chloé, la prunelle de mes yeux. Je ne réalise pas que c’est elle qui a lancé la grenade au milieu des soldats. Je dois me reprendre. Je ne peux pas laisser mon fils faire tout le travail tout seul. J’ai repris les tirs à vue. Comment mon fils de 14 ans peut-il être plus habile que moi ? Il n’a pas encore fait son service militaire.

Je les ai vus se rapprocher de la porte principale. J’ai essayé de réprimer mes sentiments. Je suis transi de peur. Je ne m’inquiète pas pour moi. J’ai peur pour mes enfants, ma femme. Ma raison de vivre. Juliette est terrorisée. Un bruit a résonné sous nos pieds. Les voisins commencent à tirer eux aussi. Je suis surpris et heureux. Un couple de personnes âgées. Ils se débrouillent plutôt bien.

Ensemble, nous allons réussir à nous débarrasser des envahisseurs. Les soldats se bousculent devant l’immeuble. Ils n’arrivent pas à déverrouiller la porte. Ils vont la défoncer.

“S’il le faut, nous nous défendrons maison après maison.”

Le nombre de soldats encore debout ne cesse de diminuer. Nombre de balles ont touché les murs à nos côtés et le bois devant nos fenêtres, mais jusque-là, aucune ne nous a touchés. Ma femme nous a rejoints durant cet échange de balles. Elle n’a plus peur à présent. Du moins, elle réussit à le cacher. Chloé, toujours la grenade en main, nous observe de loin. Elle n’ose pas approcher et je ne peux me résoudre à lui demander de jeter la deuxième.

Un long sifflement a percé l’air. Le sifflement typique d’un obus. Je n’ai pas entendu d’avion s’approcher à cause des échanges permanents de balles. Le fracas de l’obus sur une ferme plus loin a été affreusement puissant. Le sol a tremblé sous nos pieds et dans nos os. Trop absorbé par l’arrivée de l’obus, je n’ai pas vu Chloé s’approcher de la fenêtre. Dégoupiller sa grenade. S’apprêter à la lancer.

Sous le choc, elle a perdu l’équilibre.

Nous avons regardé, tous en même temps, la grenade dégoupillée s’échapper des petites mains de Chloé. Malgré le vacarme à l’extérieur de la porte, aucun d’entre nous n’a réussi à esquisser un mouvement. Le temps s’est arrêté ici, dans notre appartement au troisième étage. Personne n’a rien dit. Le silence. Le calme avant la tempête qui ravage tout sur son passage.

Tous nos efforts, notre acharnement, vains. Notre heure est venue. La dernière image que j’ai, les larmes qui coulent sur les joues de Juliette. Des soldats défoncent la porte de notre appartement.

“S’il le faut, nous nous défendrons maison après maison.”

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