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MUKASONGA Scholastique

Rwanda - France

Coeur tambour (Gallimard, 2015)

© C. Hélie / Gallimard

Prix Renaudot 2012, la Rwandaise Scholastique Mukasonga construit livre après livre un tombeau de papier pour sa famille, massacrée lors du génocide de 1994. Née en 1956 au sud-ouest du Rwanda, cette survivante, déjà installée en France lors des massacres, a connu dès l’enfance les humiliations et la violence des conflits ethniques : toute sa famille est déportée par les Hutus en 1959 à Nyamata, une région inhospitalière du Rwanda. Chassée en 1973 de l’école d’assistante sociale de Butare où elle poursuit ses études, elle fuit les raids Hutus menés contre les Tutsis et franchit la frontière du Burundi avec son frère. Elle ne retournera au Rwanda qu’en 1986, clandestinement. Elle voit alors sa famille pour la dernière fois : presque tous ses parents périssent massacrés lors du génocide de 1994.

Douze ans plus tard, Inyenzi ou les Cafards, récit autobiographique bouleversant publié par Gallimard, marque l’entrée de Scholastique Mukasonga en littérature. Nourri de souvenirs d’enfance, ce livre est un témoignage déchirant sur l’expérience des Tutsis dans les années soixante. La femme aux pieds nus, Prix Seligmann « contre le racisme, l’injustice et l’intolérance », explore à nouveau en 2008 le territoire douloureux de la mémoire, en évoquant la figure de sa mère disparue.

Si la fiction s’est immiscée dans l’œuvre de Scholastique Mukasonga avec L’Iguifou, recueil de cinq nouvelles paru en 2010, Notre-Dame du Nil, prix Renaudot et prix Ahmadou Kourouma 2012, constitue son véritable premier roman. Prélude au génocide rwandais dans le huis-clos d’un lycée des années 1970, ce livre singulier laisse deviner, derrière les amourettes banales et les amitiés d’un groupe d’adolescentes issues de la bonne société, l’horreur qui se prépare. Son écriture empreinte de poésie, qui gravite inlassablement autour de l’indicible du génocide, ne renonce jamais à l’humour : c’est ainsi avec une grâce et une légèreté inouïe que l’auteur nous fait comprendre les raisons profondes de la violence et les mécanismes qui ont conduit au meurtre de masse.

En 2015, l’écrivaine revient avec Coeur tambour, un roman troublant, captivant ; un conte qui nous invite au voyage dans un monde merveilleux où se mêle mystique et musique au fil d’une plume féline, délectable.


Bibliographie

  • Coeur tambour (Gallimard, 2015)
  • Ce que murmurent les collines (Gallimard, 2014)
  • Notre-Dame du Nil (Gallimard, 2012) Prix Renaudot 2012
  • L’Iguifou (Gallimard, 2008)
  • La femme aux pieds nus (Gallimard, 2008)
  • Inyensi ou les cafards (Gallimard, 2006)
Cœur tambour

Cœur tambour

Gallimard - 2015

« Personne ne savait plus trop qui était cette présumée princesse africaine appelée Nyabinghi. Son nom était venu s’échouer sur les plages de la Jamaïque en d’étranges circonstances. Le 12 décembre 1935, peu de temps avant l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie fasciste, paraissait dans le journal Jamaïca Times un article intitulé “Une société secrète pour détruire les Blancs”. […] Vingt millions de nègres au nom d’une mystérieuse reine appelée Nya-Binghi allaient déferler sur l’Europe et l’Amérique, Nya-Binghi signifiant “mort aux Blancs”. Les Rastas, qui adoptèrent le nom de Nyabinghi, n’avaient rien de sanguinaire et, dans la torpeur bienheureuse de l’herbe sacrée, ils ne songeaient nullement à massacrer quiconque. Les tambours suffisaient à leur rébellion. » Du Rwanda à la Caraïbe, à l’Amérique : mystères, initiations, naissance de la musique rasta, et, dans les bouleversements du monde, quand bat le tambour et le cœur de l’Afrique, un crime fondateur… Qui a tué l’inoubliable diva Kitimi, surnommée aux quatre points de l’horizon, « l’Amazone noire » ?


Revue de presse

  • « Il faut battre le tambour pour ce roman à percussion dont la prose est aussi tendue qu’une peau de djembé. Une belle leçon d’insoumission. » Jérôme Garcin, L’Obs
  • « La romancière rwandaise Scholastique Mukasonga signe l’un des ouvrages les plus singuliers de cet hiver. » Pierre Vavasseur, Le Parisien
Ce que murmurent les collines

Ce que murmurent les collines

Gallimard - 2014

« “La Maritza, c’est ma rivière…” a chanté Sylvie Vartan. Moi qui n’oserai pas chanter, je me contenterai de murmurer “La Rukarara, c’est ma rivière…” Oui, je suis bien née au bord de la Rukarara, mais je n’en ai aucun souvenir, les souvenirs que j’en ai sont ceux de ma mère et de son inconsolable nostalgie. » Ainsi commence cette suite de nouvelles rwandaises, belles et poignantes, où coulent les tourments et les espoirs de tout un peuple. Se souvenir de tout, et de la mère avant tout, sauvée par l’eau de la Rukarara, une source du Nil. Et se souvenir des histoires des plus humbles – pourquoi Viviane, même nue, porte-t-elle autour de la taille une cordelette avec un minuscule morceau de bois ?… Et puis, entre la Bible et les aventures de Titicarabi, y a-t-il d’autres livres ? La narratrice, enfant, ne le croit pas… Et le règne d’un roi peut-il nous être conté par une vache ?… Dan une autres nouvelle, Cyprien le pygmée, rejeté de presque tous, aura un fier destin… Toutes ces histoires s’enchâssent avec une vive maestria, ponctuées à la fin de chacune par l’origine de certains mots rwandais essentiels à l’existence, comme les tesselles d’une mosaïque pour une lumineuse et minérale, végétale et animale représentation de la condition humaine. Les mots de Scholastique Mukasonga coulent, cristallins, de mémoire en mémoire, jusqu’à nous montrer, même quand passe le malheur, toute la beauté de la vie. 


Notre Dame du Nil

Gallimard - 2012

Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d’altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d’accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l’intérêt du lignage. Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota « ethnique » limite à 10 % le nombre des élèves tutsi.
Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un « vieux Blanc », peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresque les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d’insoumises reines Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour sa jeune vie, et pour bien d’autres filles du lycée, la déesse est intronisée dans le temple qu’il a bâti pour elle.
Le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines qui traversent ces vies en fleur, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, c’est, dans ce microcosme existentiel, un prélude exemplaire au génocide rwandais, fascinant de vérité, d’une écriture directe et sans faille.


La femme aux pieds nus

Gallimard - 2008

Scholastique Mukasonga a écrit ce livre en mémoire de sa mère Stefania massacrée par les Hutu. Chaque chapitre est consacré à un sujet bien précis : le sorgho, les petits remèdes « maison », le pain, le mariage de son frère Antoine et les conseils que donnait Stefania aux jeunes filles en âge de se marier – car la mère de Scholastique était une « marieuse » réputée –, les séances d’épouillage du dimanche… À ces souvenirs du paradis perdu se mêlent d’autres images plus terribles, celles de la déportation – les Tutsi sont qualifiés de personnes « déplacées » –, l’anxiété perpétuelle de Stefania qui essaie de repérer des cachettes sûres pour ses enfants, les irruptions régulières de la soldatesque ivre, et il n’est pas jusqu’à la définition de la beauté selon les Tutsi – « un petit nez » – qui ne rappelle le génocide : « ce petit nez qui décida de la mort de tant de Rwandais »…
Comme dans son livre précédent, Inyenzi, Scholastique Mukasonga raconte le génocide avec une grande sobriété mais aussi beaucoup de précision, et même de poésie dans l’évocation des temps heureux où, malgré la peur et les privations, la mère était encore là.


L’Iguifou

Gallimard - 2008

spip_logoL’Iguifou ("igifu" selon la graphie rwandaise), c’est le ventre insatiable, la faim, qui tenaille les déplacés tutsi de Nyamata en proie à la famine et conduit Colomba aux portes lumineuses de la mort... Mais à Nyamata, il y a aussi la peur qui accompagne les enfants jusque sur les bancs de l’école et qui, bien loin du Rwanda, s’attache encore aux pas de l’exilée comme une ombre maléfique... Kalisa, lui, conduit ses fantômes de vaches dans les prairies du souvenir et des regrets, là où autrefois les bergers poètes célébraient la gloire du généreux mammifère... Or, en ces temps de malheur, il n’y avait pas de plus grand malheur pour une jeune fille tutsi que d’être belle, c’est sa beauté qui vouera Helena à son tragique destin...
Après le génocide, ne reste que la quête du deuil impossible, deuil désiré et refusé car c’est auprès des morts qu’il faut puiser la force de survivre.
L’écriture sereine de Scholastique Mukasonga, empreinte de poésie et d’humour, gravite inlassablement autour de l’indicible, l’astre noir du génocide.

Revue de Presse


Inyensi ou les cafards

Gallimard - 2006

« Quiconque visite le Rwanda est saisi par la beauté de son paysage, mais il est aussi effaré par la violence de son histoire postcoloniale. Tout se passe comme si le bien et le mal irrémédiablement inséparables avaient scellé sous ses mille et une collines un pacte d’amitié. Il y a d’un côté les collines ; il y a, de l’autre, le million de crânes qui les jonchent. Mais ce qui prédomine, dans ce récit, c’est le remords des survivants, qui se traduit par les multiples cauchemars de l’auteur. D’où ce désir manifeste de donner aux disparus une digne sépulture de mots à la fois pour apaiser les vivants et sanctifier les morts. Avec Inyenzi, Scholastique Mukasonga a écrit un récit autobiographique précieux, un document qui nous éclaire de l’intérieur sur le Rwanda postcolonial, un livre que je rangerais à côté du Suicide d’une république de Peter Gay : l’un et l’autre nous montrent à partir d’une succession de faits pourquoi le génocide était hélas, trois fois hélas, inévitable. » Boniface Mongo-Mboussa.

Ce que murmurent les collines - Scholatique Mukasonga

Saint-Malo 2014

Avec Scholatique Mukasonga.
Animé par Kerenn Elkaïm.


Rwanda, 20 ans après

Saint-Malo 2014

Avec Scholatique Mukasonga, Patrick de Saint-Exupéry, Wojciech Tochman et Hippolyte.


Notre Dame du Nil

Scholastique Mukasonga. Animé par Josiane Guéguen - Saint-Malo 2013

Avec Scholastique Mukasonga. Animé par Josiane Guéguen