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Inconnu de mes souvenirs

George invite machinalement le vieillard à entrer, et c’est précisément au moment où il referme la porte derrière lui qu’il remarque qu’aucune trace de pas n’imprime la neige.

L’homme dépose son bonnet sur la petite table en bois de l’entrée, et accroche son épais manteau sur la patère à sa droite. Il lance son sac sur le paillasson et va s’asseoir dans l’un des fauteuils du salon en étirant ses longues jambes sur le tapis. George remarque qu’il a l’air de connaître les lieux ce qui l’inquiète. A-t-il fait le bon choix en laissant entrer cet inconnu chez lui ? Et ce sentiment si familier qui persiste dans sa tête sans que George n’arrive à mettre le doigt dessus est si frustrant. Il fouille dans sa mémoire pour tenter de mettre un nom sur ce visage étranger mais une page blanche apparaît, la même lorsqu’il essaye d’écrire la suite de son roman.
George s’avance alors et le vieillard le scrute sans piper mot ; son sourire goguenard collé au visage. Est-il là pour me faire du mal ? Ou cherche-t-il vraiment à me raviver la mémoire ? Des centaines de scénarios tous plus farfelues les unes que les autres s’enchaînent dans l’esprit de George sans qu’il puisse les contrôler jusqu’à l’homme décide enfin de parler.

  • Alors George, te souviens-tu de moi ?

Le concerné le regardât, interdit. Cet homme connaissait son nom et il semblait le connaître. Mais lui, George ne s’en rappelait pas. Il aurait très bien pu être un oncle éloigné de sa famille, qu’il avait dû voir étant plus jeune. Un voisin durant son enfance, ou un dangereux criminel qui jouait avec sa proie avant de le massacrer. Il alla s’asseoir sur le second fauteuil, en tenant bien à mettre une distance convenable entre eux.

  • Hé bien, monsieur, je ne m’en rappelle pas, mais si vous pouvez éclairer ma lanterne sur votre identité, cela pourrait peut être m’aider.
  • Ha mon p’tit gars, si tu savais qui je suis, je suis sûr que tu ne me croiras pas. Mais je vais te le dire quand même, dit- il en plissant ses yeux ridés de malice. Je suis Edouard Barrot.

George éclata de rire. Ce vieillard portait le même nom que le héro de son livre. Mais il se ravisa bien vite quand il s’aperçut que l’homme en face de lui en avait les mimiques, le physique et surtout qu’il était bien sérieux. George se redressa sur son siège, conscient que ce « Edouard Barrot » n’avait pas encore tout dévoilé.

  • Donc tu ne me crois pas. Alors, écoute moi bien mon petit, je sais que tu as réussi à publier ton premier roman policier que tu rêvais tant il y a maintenant un an. Toi qui n’y croyais plus, une maison d’édition a trouvé que ton histoire tenait la route et l’a donc finalement sorti. Mais les lecteurs ont adoré. Ton livre a rencontré le succès que tu n’avais même pas imaginé et ton éditeur t’a empressé d’écrire le tome suivant. Malheureusement, tu rencontres depuis quelques semaines, le syndrome de la page blanche ! Plus aucune inspiration pour écrire la suite de ton roman alors que tu dois rendre ton manuscrit dans moins d’un mois. Si tu continues sur cette voie, il est certain que « Les aventures d’Edouard Barrot » ne verront jamais les étagères d’une librairie !

George était terrifié, ce type était complètement fou. Il savait son nom mais aussi qu’il n’arrivait plus à écrire. Personne, hormis lui, ne savait ce qu’il lui arrivait depuis ces dernières semaines, il n’en avait jamais parlé à personne, surtout à un inconnu qui se fait passer pour Edouard Barrot, le héros fictif de son livre.

  • George, tu dois me prendre pour un cinglé à l’heure qu’il est, bon à interner, mais tu dois me croire ! Je suis ici pour t’aider.

A la fin de son monologue, Edouard appuya ses coudes sur ses genoux, la tête entre ses mains. Il marmonnait des paroles inintelligibles que George ne comprenait pas. Une part de lui-même lui criait de s’enfuir à toute jambe, d’aller au commissariat et de raconter qu’un détraqué était chez lui se faisant passer pour le héros de son livre. Mais George avait envie d’y croire. Il refusait que le vieil homme assis en face de lui, qui se lamentait, lui veuille du mal. De plus, ce qu’il venait de dire était tout à fait vrai, aucune personne ne savait que George était en manque d’inspiration. Peut être que George avait envie au fond de lui que quelqu’un vienne l’aider. Cet énergumène venait de lui tendre une perche, il fallait que George la saisie avant qu’elle ne disparaisse. Il se souvient parfaitement qu’il n’y avait pas de trace dans la neige lorsqu’Edouard se trouvait devant chez lui et il a trait pour trait le caractère et le physique du héros. George était obligé de le croire. Il en était persuadé. Il le fallait.

Il prit les mains d’Edouard et le redressa. Il le regardât dans les yeux et lui dit d’un ton solennel.

  • Je sais qui tu es, tu as dit que tu pouvais m’aider à résoudre cette panne d’inspiration. Alors si tu le veux bien, j’aimerai savoir ce qui pourrait me faire retrouver mon imagination.

Le visage d’Edouard s’éclaircit. Ses yeux brillaient d’une intensité nouvelle et il reprit peu à peu des couleurs. Il se leva rapidement et courut chercher son vieux sac de voyage, troué à quelques endroits. Il le ramena près de son créateur et en farfouilla tous les recoins avant d’en tirer une carte postale où était dessiné une plage ainsi que quelques cocotiers.

  • Tu sais George, ton premier roman s’est passé au Royaume-Uni, et je devais trouver l’assassin de Miss Katherine. Tu ne m’as pas vraiment ménagé pour ce premier tome mon petit, tu m’as fait courir dans toute l’Angleterre pour venger cette pauvre petite dame, je ne sus plus aussi vif que dans ma jeunesse. Mais finalement j’ai réussi à coincer le meurtrier à Londres et découvert que c’était le fils de Miss Katherine qui l’avait tué. Mais maintenant, j’ai bien besoin de vacances, tu ne pense pas ?

George acquiesça, le sourire aux lèvres. Il sentait son inspiration lui revenir, doucement mais sûrement. Cette page blanche qui le hantait depuis quelques temps, prenait des couleurs, des formes, des lettres et tout lui sembla plus clair soudainement. Des vagues de mots coulèrent sur cette feuille avant de laisser place à une graine d’inspiration, qui grandissait au fur et à mesure que le vieillard évoquait ses vacances.

  • Alors si tu le veux bien George, j’aimerai aller dans les îles. Cette neige de ta campagne me mine le moral et il y a peut être là-bas, un meurtrier qui m’attend s’exclama Edouard plus enthousiaste que jamais. Imagine le cadre dit-il en faisant un vague signe de la main. Du sable, l’océan, et entre les palmiers, ton détective préféré. Et soudain, on retrouve le corps d’une surfeuse noyé. Evidemment, tout l’archipel pense que c’est un accident, il n’est pas rare qu’une vague trop puissante pour être maîtriser emporte au fond de l’eau quelques aventuriers téméraires. Mais bien sûr, je ne le pense pas moi. C’est bel et bien un meurtre !
  • Et donc, tu serais prêt à sacrifier tes vacances tant méritées pour t’occuper d’une affaire supplémentaire ?
  • Bien sûr ! Rien n’est un mystère pour l’unique Edouard Barrot !

George se sentit renaître. Au fond de lui, quelque chose venait d’apparaître ou était de retour. Pris d’une folle envie d’écrire, il se précipita sur son carnet, pris son crayon et commença à griffonner quelques phrases, quelques idées par ci par là. Il y mis tout son cœur, tout ses espoirs, ses attentes, sa tristesse, ses états d’âmes, faisant de ce livre une histoire que tout lecteur pourrait se raccrocher. Comme une bouée à la mer.
L’aiguille de la pendule défilait, et George ne fit même plus attention au temps qui passait jusqu’à ce la nuit remplace le soleil. George releva la tête de ses notes, fier de ce qu’il avait entreprit. Il se dit qu’à ce rythme, il aura achever le tome 2 « des aventures d’Edouard Barrot » avant la fin de la semaine. Quand il se retourna pour remercier le héros, George ne vit personne. Surpris, il fouilla la maison, cherchant le vieillard mais aucune trace de lui. Comme si Edouard n’étais jamais venu.

  • Est ce qu’Edouard Barrot est vraiment passé par ici pour m’aider ou ais-je tout simplement rêvé ?

A cet instant, George remarqua sur la petite table du salon la carte postale que lui avait montrée le détective, ce qui avait permis justement de retrouver l’inspiration qui lui faisait défaut. Il la saisit du bout des doigts. Celle-ci était bien réelle, cartonnée et avait encore l’odeur fraîche de l’encre imprimée.
George sourit, il ne saura jamais si c’était un rêve ou la réalité. Mais, au fond de lui, il sait que tout ceci est arrivé, Edouard Barrot est sorti de son livre pour venir l’aider, défiant l’équilibre scientifique ; mais une chose est sûr, « Les aventures d’Edouard Barrot » continueront de prospérer quelques temps encore.

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