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Le trésor

Nouvelle de Chloé FROPIER, incipit 2, en 5ème au collège du Bois de la Barthe, Pibrac (31)

Voilà, se dit-il, c’est maintenant…

Lou Ho courait le long du sentier.

Il évita de justesse un passant lourdement chargé et passa sur une passerelle de bois, qui tangua dangereusement sous son poids. Il s’arrêta quelques secondes pour reprendre son souffle et surtout, pour réfléchir.

Les paroles de son maître résonnèrent dans sa tête :

« Lou Ho, je vais te confier une mission importante… Cette lettre, que je viens d’écrire, je veux que tu l’apportes au juge de Beijing, la capitale de l’empire.
Je sais fort bien que tu ne connais point la route qui y mène aussi, retiens bien mes paroles. Il te faudra suivre le sentier jusqu’à l’arbre aux mille racines. »

Lou Ho releva la tête. L’arbre centenaire se trouvait à quelques pas de lui.

« Là, tu le contourneras et continueras ta route en direction du nord. Tu devras descendre en dessous des nuages car Beijing n’a pas été édifiée sur les montagnes que tu connais bien pour y être né. Au contraire, les hommes l’ont bâtie près de la Mer Jaune. La route n’est pas longue si tu suis mes conseils. Le seul obstacle qui se dressera sur ton chemin est le brouillard dont je t’ai parlé… Il recouvrira bientôt la Chine, aussi ne tarde pas. »

Lou Ho se mit en route, d’un pas rapide, pensant à cette lettre qu’il serrait dans la main. Cette lettre paraissait importante aux yeux de son maître.

Lou Ho servait Yuo Gui, son maître depuis quelques années déjà et il l’assistait dans toutes ses tâches. Peu à peu une relation quasi filiale s’était développée entre les deux.

Bien qu’ils n’en aient jamais parlé, Lou Ho savait que Yuo Gui n’avait pas de famille et qu’il était vieux, très vieux. Malgré tout le respect qu’il l’avait envers son maître, ce dernier n’était pas immortel. Au terme d’une vie, Lou Ho le savait bien, il fallait rédiger un testament.

Un sourire se forma sur les lèvres de Lou Ho. Il était bien sûr, fort attristé à l’idée de la mort de son maître mais, pour autant Lou Ho n’en était moins un homme que l’appât du gain ne rendait pas indifférent. On racontait que Yuo Gui possédait un trésor, un trésor merveilleux à en croire les dires de certains.
A qui d’autres pouvait revenir ce trésor sinon à lui ?

Yuo Gui soupira.
Il repensait à la visite des deux hommes qui avaient fait irruption dans sa maison quelques minutes après le départ de Lou Ho.
C’était deux voleurs, qui, voyant que personne ne venait leur ouvrir n’avaient pas hésité à enfoncer la porte. L’un deux avait fait mine de menacer Yuo Gui d’un poignard tandis que l’autre fouillait la pièce.
Quelques rouleaux de papyrus, de l’encre, des plumes… Voilà tout ce qu’ils avaient trouvé ! En effet, le vieux maître ne possédait rien de valeur dans sa demeure…
Celui qui avait sorti son arme prit la parole :

« Toi, dit-il à Yuo Gui tout en agitant son poignard sous le nez, nous sommes armés et déterminés aussi je te prie de répondre à nos questions ou sinon, il t’en cuira ! »

L’affirmation que venait de proférer l’homme était démentie par ses paroles prononcés d’une voix peu assurée et par son bras qui tremblait légèrement.
Mais Yuo Gui, que la situation amusait, fit semblant d’avoir peur.

« Demandez-moi ce qu’il vous plaira et j’y répondrai mais par la grâce de Fenghuang, ne me tuez pas ! »

L’homme, rassuré par l’air apeuré de Yuo Gui et ne remarquant pas que ce dernier jouait la comédie reprit avec plus d’assurance :

« Nous ne te ferons rien, à condition de nous donner la cachette de ton trésor !
-Mon trésor ?
-Oui ! Ne mens pas ! Nous savons que tu en possèdes un ! Un trésor merveilleux, qui nous permettrait de vivre sans travailler jusqu’à la fin de nos jours !
-Ah bien sûr… Mon trésor il est caché… »

Yuo Gui ajouta quelque chose si bas que les deux hommes durent se pencher pour entendre.

Quand enfin ils comprirent ce que disait le maître, ils échangèrent un regard étonné.

Après quelques secondes d’hésitation, ils partirent en courant, le croyant fou !

Yuo Gui avait fait fuir ces deux voleurs qui, comme tant d’autres, avaient entendu parler de ce trésor que Yuo Gui possédait. Car trésor il y avait ! Mais peut-être un peu différent de celui auquel ils pensaient.

Revenant à l’instant présent, le vieux maître rassembla les pans de sa robe. Il se releva avec peine et avança vers son lit de méditation.

Lou Ho avançait péniblement…
Le brouillard l’empêchait de voir à plus de dix coudées devant lui et sa progression en était considérablement ralentie.

Il aperçut une lueur au loin, une lanterne qui se balançait au gré du vent.
Mais qu’il y a-t-il là-bas, se demanda Lou Ho, un village !
Il avança rapidement vers cette lumière, source d’espoir car cela faisait deux heures qu’il marchait sans rencontrer âme qui vive. C’était bien un village ou peut-être même une ville car Lou Ho ne réussissait à distinguer que quelques maisons se trouvant à l’entrée de la ville, proche des lanternes.

Une porte claqua et un homme sortit… Il apostropha Lou Ho :

« Que fais-tu donc dehors ? Ne sais-tu pas qu’il est dangereux de sortir alors que le brouillard est là !
-Je pense m’être perdu… Il faut que je me rende à Beijing, la capitale de l’empire !
-Eh bien, tu y es à Beijing ! lui rétorqua-t-il.
-Comment, je suis arrivé ! Le juge est-il là ?
-Mais non ! Lui n’est pas aussi imprudent que toi ! Comme tous les habitants de la Chine, il reste chez lui jusqu’à ce que le brouillard parte.
-Mais je dois lui apporter une lettre particulièrement importante !
-Eh bien elle attendra… »

Voyant que Lou Ho commençait à s’inquiéter, l’homme poursuivit :

« Le brouillard ne vas pas durer éternellement, dans une heure ou deux, il sera parti… En attendant viens donc avec moi, je ne souhaite pas te laisser seul ici... Au fait, je me nomme Xu Weng »

L’homme ouvrit une porte derrière lui et fit signe à Lou Ho de le suivre.

Ils arrivèrent dans une pièce joliment meublé. Au milieu se trouvait une petite table ou reposait une théière encore fumante. L’air embaumait et Lou Ho ne put refuser une tasse de thé mais exténué il ne tarda pas à sentir ses paupières s’alourdir. Xu Weng s’en rendit compte et le conduisit dans une pièce adjacente pourvu d’un lit qui semblait confortable.
Lou Ho ne tarda pas à sombrer dans le sommeil. A son réveil, le brouillard avait laissé la place au soleil et le ciel bleu était dépourvu de nuages. Lou Ho, impatient de connaître le contenu de la lettre prit congé de Xu Weng qui lui souhaita bonne chance.

Quand il sortit, Lou Ho eut un choc : la ville était … transformée ! Les ruelles désertes à son arrivée étaient maintenant animées et il comprit enfin pourquoi on disait que Beijing était la plus grande ville de Chine. Les maisons qui s’étendaient à pertes de vue était plus colorées les une que les autres. Avec leur toit en forme de pagode, elles étaient bien différentes de celles dans lesquelles Lou Ho avait toujours vécu.

Il demanda son chemin à un gamin qui passait par là. Suivant ses indications, il ne tarda pas à trouver le tribunal. Il était composé de plusieurs bâtiments et de jardins impressionnants où se pavanaient des paons. L’intérieur était lui aussi fabuleux. Pour décorer les multiples pièces, on avait fait appel à des peintres ou des sculpteurs qui avaient représenté tous les dieux et déesses de Chine mais aussi les empereurs ou encore les scènes de la vie du quotidien : un paysan qui labourait son champ, une mère et ses enfants…

Lou Ho était impressionné par la majesté des lieux mais il ne perdit pas de vue son objectif : obtenir une audience auprès du juge ! Malgré la foule qui patientait tout comme lui, on s’empressa de conduire Lou Ho dans le bureau personnel du juge, dès qu’il eût mentionné le nom de son maître.

« Ainsi, fit le juge quand ils se furent installés, tu es le serviteur de Yuo Gui ?
-C’est exact, et c’est sur sa demande que je suis ici.
-Tiens donc… Que me veut ton maître ?
-Il m’a demandé de vous remettre cette lettre, répondit Lou Ho.
-Fort bien, donne la moi ! »

Lou Ho tendit le rouleau de cuir au magistrat.

« Il n’y a pas qu’une seule lettre dans ce rouleau mais bien deux ! L’une m’est en effet adressé mais l’autre et pour un certain Lou Ho, déchiffra-t-il. N’est-ce point toi ? »

Le cœur de Lou Ho s’illumina de joie ! Cette lettre, serait-ce possible que ce soit…l’emplacement du trésor !

« Si, si, c’est bien moi, s’exclama Lou Ho, je vous remercie ! »

Sans plus attendre, il se précipita vers la sortie mais le juge l’arrêta au pas de la porte.

« Une dernière chose, jeune Lou Ho !
-Qu’il y a-t-il ? demanda-t-il.
-J’ai bien connu ton maître, plus que tu ne l’imagines… Aussi je me dois te dire que je pense connaître le contenu de cette lettre… Et ce n’est peut-être pas ce que tu crois… Cela va bien au-delà de ce que tu peux imaginer. Sache que ma porte te sera toujours ouverte »

Sur ses paroles énigmatiques, il referma la porte …

Fébrile, Lou Ho déroula la lettre, avec empressement et commença sa lecture :

Lou Ho…

Ces mots, je les ai déjà écrits, seul change le nom de la personne auquel ils sont adressés…
Cette personne, tu la connais déjà… C’est le juge de Beijing qui fut un jour, mon serviteur ! Tout comme toi, c’était un jeune homme, curieux et intrépide. Lui aussi connaissait l’existence de ce trésor. Mais ce trésor n’est pas matériel. Il est le fruit de mon expérience et de mes réflexions. Sache que la richesse matérielle est une prison qui ne laisse aucun répit. Le seul vrai trésor est la liberté. Pouvoir choisir ta propre voie… Le hasard t’a conduit chez moi, en tant que serviteur… Mais maintenant c’est à toi de prendre les rênes de ton destin ! C’est à toi de décider ce que tu comptes faire de ta vie ! Prends le temps de voyager, découvrir le monde ! Car le monde est bien plus vaste que ce que tu ne le penses ! Voilà le trésor que je te livre. Fais en bon usage. Multiplie les rencontres, ouvre-toi aux autres. Certains te tendront la main, t’accueilleront chez eux. Et un jour, tu seras suffisamment fort pour tendre la main à ton tour et donner cette richesse tu as reçue
Adieu…

Ton ancien maître, Yuo Gui

La lettre échappa des mains de Lou Ho… Ce dernier s’arrêta au beau milieu du chemin, ébranlé… Longtemps il réfléchit, ne se préoccupant pas des passants…
Enfin, un sourire naquit sur ses lèvres. Son maître venait de lui offrir la possibilité de choisir quoi faire de sa vie ! Il eût une pensée reconnaissante pour Yuo Gui et pria de tout son cœur que son maître puisse atteindre…la Terre d’Extrême Félicité !

Au moment même, Yuo Gui rendit son dernier souffle, le visage serein et … profondément heureux…

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