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SLIMANI Leïla

France - Maroc

A ANNULÉ SA VENUE

© Moujahed Jarboui - IFT

Après une enfance à Rabat, puis de brillantes études à Paris, la Franco-Marocaine connaît un premier beau succès avec Dans le jardin de l’ogre. Le Prix Goncourt 2016 pour son second roman, Chanson Douce, fait d’elle un phénomène littéraire et médiatique. Nommée en 2017 « représentante personnelle du chef de l’État pour la francophonie », elle appelle à porter un autre regard sur l’espace francophone. Cette année, elle poursuit la fresque familiale démarrée en 2020 avec Le Pays des autres ; on y retrouve les enfants de la famille Belhadj, dans un Maroc tiraillé entre désir de libertés et la rigidité du pouvoir royal, 10 ans après la fin du protectorat. À travers les destins de ces personnages, Leïla Slimani donne à voir un nouveau pan de l’histoire marocaine, dans un récit au souffle romanesque sans pareil.

On lui reconnaît un réel talent à décortiquer l’ambiguïté des sentiments, une écriture clinique et une rage dans son combat en faveur des Marocaines. Sa personnalité solaire se confronte à ses angoisses intimes, puisqu’elle déterre les sujets les plus sinistres : le regard odieux sur la libido des femmes, l’infanticide…

Avec Le Pays des autres, premier volet d’une ample trilogie familiale, elle s’attaque à « l’hypocrisie de la société marocaine ». Roman ambitieux et personnel, il retrace les origines de l’autrice, le sentiment d’être étranger dans une société étriquée, ne laissant aux femmes et à la littérature qu’une infime part de liberté.

Invitée cette année à passer une nuit blanche, seule, dans le musée de la Pointe de la Douane à Venise, Leïla Slimani se trouve face à des oeuvres qui lui parlent peu ; de cette impasse, elle raconte les hauts et les bas de la situation d’écrivain, ainsi que l’enfermement et la liberté procurés par l’écriture. Un exercice littéraire qui dévoile tout le talent de sa plume.

Bibliographie

  • Regardez-nous danser - Le pays des autres, 2 (Gallimard, 2022)
  • Le Pays des autres (Gallimard, 2020)
  • Chanson douce (Gallimard, 2016)
  • Dans le jardin de l’ogre (Gallimard, 2014)

Essais

  • Le parfum des fleurs la nuit (Stock, 2021)
  • Sexe et Mensonges : La Vie sexuelle au Maroc (Les Arènes, 2017)
  • Simone Veil, mon héroïne (L’Aube, 2017)
  • Le diable est dans les détails (L’Aube, 2016)
  • La Baie de Dakhla : Itinérance enchantée entre mer et désert (Malika Éditions, 2013)

Romans graphiques

  • Paroles d’honneur, avec Laetitia Coryn (Les Arènes, 2017)
Regardez-nous danser. Le pays des autres, 2.

Regardez-nous danser. Le pays des autres, 2.

Gallimard - 2022

« Année après année, Mathilde revint à la charge. Chaque été, quand soufflait le chergui et que la chaleur, écrasante, lui portait sur les nerfs, elle lançait cette idée de piscine qui révulsait son époux. Ils ne faisaient aucun mal, ils avaient bien le droit de profiter de la vie, eux qui avaient sacrifié leurs plus belles années à la guerre puis à l’exploitation de cette ferme. Elle voulait cette piscine, elle la voulait en compensation de ses sacrifices, de sa solitude, de sa jeunesse perdue. »

1968 : à force de ténacité, Amine a fait de son domaine aride une entreprise florissante. Il appartient désormais à une nouvelle bourgeoisie qui prospère, fait la fête et croit en des lendemains heureux. Mais le Maroc indépendant peine à fonder son identité nouvelle, déchiré entre les archaïsmes et les tentations illusoires de la modernité occidentale, entre l’obsession de l’image et les plaies de la honte. C’est dans cette période trouble, entre hédonisme et répression, qu’une nouvelle génération va devoir faire des choix. Regardez-nous danser poursuit et enrichit une fresque familiale vibrante d’émotions, incarnée dans des figures inoubliables.

Le parfum des fleurs la nuit

Le parfum des fleurs la nuit

Stock - 2021

Comme un écrivain qui pense que « toute audace véritable vient de l’intérieur », Leïla Slimani n’aime pas sortir de chez elle, et préfère la solitude à la distraction. Pourquoi alors accepter cette proposition d’une nuit blanche à la pointe de la Douane, à Venise, dans les collections d’art de la Fondation Pinault, qui ne lui parlent guère ?

Autour de cette « impossibilité » d’un livre, avec un art subtil de digresser dans la nuit vénitienne, Leila Slimani nous parle d’elle, de l’enfermement, du mouvement, du voyage, de l’intimité, de l’identité, de l’entre-deux, entre Orient et Occident, où elle navigue et chaloupe, comme Venise à la pointe de la Douane, comme la cité sur pilotis vouée à la destruction et à la beauté, s’enrichissant et empruntant, silencieuse et raconteuse à la fois.

C’est une confession discrète, où l’auteure parle de son père jadis emprisonné, mais c’est une confession pudique, qui n’appuie jamais, légère, grave, toujours à sa juste place : « Écrire, c’est jouer avec le silence, c’est dire, de manière détournée, des secrets indicibles dans la vie réelle ».

C’est aussi un livre, intense, éclairé de l’intérieur, sur la disparition du beau, et donc sur l’urgence d’en jouir, la splendeur de l’éphémère. Leila Slimani cite Duras : « Écrire, c’est ça aussi, sans doute, c’est effacer. Remplacer. » Au petit matin, l’auteure, réveillée et consciente, sort de l’édifice comme d’un rêve, et il ne reste plus rien de cette nuit que le parfum des fleurs. Et un livre.


Le pays des autres

Le pays des autres

Gallimard - 2020 - 2020

En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s’éprend d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française. Après la Libération, elle quitte son pays pour suivre au Maroc celui qui va devenir son mari. Le couple s’installe à Meknès, ville de garnison et de colons, où le système de ségrégation coloniale s’applique avec rigueur. Amine récupère ses terres, rocailleuses ingrates et commence alors une période très dure pour la famille. Mathilde accouche de deux enfants : Aïcha et Sélim. Au prix de nombreux sacrifices et vexations, Amine parvient à organiser son domaine, en s’alliant avec un médecin hongrois, Dragan Palosi, qui va devenir un ami très proche. Mathilde se sent étouffée par le climat rigoriste du Maroc, par sa solitude à la ferme, par la méfiance qu’elle inspire en tant qu’étrangère et par le manque d’argent. Les relations entre les colons et les indigènes sont très tendues, et Amine se trouve pris entre deux feux : marié à une Française, propriétaire terrien employant des ouvriers marocains, il est assimilé aux colons par les autochtones, et méprisé et humilié par les Français parce qu’il est marocain. Il est fier de sa femme, de son courage, de sa beauté particulière, de son fort tempérament, mais il en a honte aussi car elle ne fait pas preuve de la modestie ni de la soumission convenables.

Aïcha grandit dans ce climat de violence, suivant l’éducation que lui prodiguent les Sœurs à Meknès, où elle fréquente des fillettes françaises issues de familles riches qui l’humilient. Selma, la sœur d’Amine, nourrit des rêves de liberté sans cesse brimés par les hommes qui l’entourent. Alors qu’Amine commence à récolter les fruits de son travail harassant, des émeutes éclatent, les plantations sont incendiées : le roman se clôt sur des scènes de violence inaugurant l’accès du pays à l’indépendance en 1956. Inspiré par l’histoire de la grand-mère de Leïla Slimani, le récit est à la fois dense et haletant. Les nombreux personnages sont peints avec une finesse remarquable. Tous vivent dans « le pays des autres » : les colons comme les indigènes, les soldats comme les paysans ou les exilés. Les femmes vivent dans le pays des hommes et doivent sans cesse lutter pour leur émancipation. Tous sont déchirés entre des traditions immuables et le désir de modernité.

L’accession du Maroc à l’indépendance est vue à travers ces destins attachants. La réalité ambiguë de la colonisation est parfaitement disséquée, comme celle de la condition féminine, sans manichéisme. Après deux romans au style clinique et acéré, Leïla Slimani se révèle une romancière de grande amplitude, capable de faire vivre une époque et ses acteurs avec humanité, justesse, et un sens très subtil de la narration. Un roman magnifique


Comment j'écris

Comment j’écris

L’Aube - 2018

« Lorsque je me mets à ma table de travail, je ne suis plus vraiment moi. Je ne suis plus une femme, je ne suis plus marocaine ou française, je ne suis même plus à Paris ni quelque part, je suis affranchie de tout.
Quand on s’engage en littérature, on est obligé de s’engager totalement. »
Leïla Slimani
Conversation avec Éric Fottorino


Paroles d'honneur

Paroles d’honneur

Les Arènes - 2017 - 2017

Rabat, été 2015. Suite à la parution de son livre Dans le jardin de l’ogre, un roman cru et audacieux qui aborde la thématique de l’addiction sexuelle, Leila Slimani part à la rencontre de ses lectrices marocaines. Face à cette écrivaine francomaghrébine décomplexée qui aborde la sexualité sans tabou, la parole se libère. Au fil des pages, l’auteur recueille des témoignages intimes déchirants qui révèlent le malaise d’une société hypocrite dans laquelle la femme ne peut être que vierge ou épouse, et où tout ce qui est hors mariage est nié : prostitution, concubinage, homosexualité. Le code pénal punit toute transgression : un mois à un an de prison pour les relations hétérosexuelles hors mariage, six mois à trois ans de prison pour les relations homosexuelles, un à deux ans de prison pour les adultères. Soumises au mensonge institutionnalisé, ces femmes nous racontent les tragédies intimes qui égrènent leurs vies et celles des femmes qui les entourent : IVG clandestines, viols, lynchages, suicides. Toutes sont tiraillées entre le désir de se libérer de cette tyrannie et la crainte que cette libération n’entraîne l’effondrement des structures traditionnelles. A travers cette BD, il s’agit de faire entendre la réalité complexe d’un pays où l’islam est religion d’Etat. Et où le droit des femmes passera, avant tout, par la défense de leurs droits sexuels.


Chanson Douce

Chanson Douce

Gallimard - 2016

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Prix Goncourt 2016


Revue de presse

  • « Leïla Slimani confirme son talent narratif et incroyablement féroce dans Chanson douce, deuxième roman uppercut contant la dérive délirante d’une nounou meurtrière. » Elle
  • « La virtuosité tient autant à l’écriture, d’une puissance froide, contenue, nerveuse, qu’à la construction, tirée au cordeau, filant droit au but. » Lire
  • « Puissant, radical, parfaitement maîtrisé. » Le Journal du Dimanche
  • « Une tragédie sociale haletante, inquiétante, édifiante. » La Croix
  • « Un thriller intimiste à haute tension. Magnifique et glaçant. » Le Parisien Magazine