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JENNI Alexis

France

Féroces infirmes (Gallimard, 2019)

Révélé par son premier roman L’Art français de la guerre, fresque fascinante et documentée couronnée par le Goncourt 2011, il s’accorde le recul nécessaire pour penser la place de la guerre dans l’histoire récente de la France. Plus encore, il s’interroge sur le rôle de l’histoire dans la conscience d’une nation et dans sa perception de l’« autre ». Cette année, il poursuit et signe un roman qui mène une réflexion profonde sur la guerre d’Algérie et ses répercussions dans le temps. Jean-Paul, appelé en Algérie à la fin des années 1950, bascule dans un tourbillon de violence meurtrière et s’adonne à des actes extrémistes et profondément racistes. Des années après, la haine que cet épisode de l’Histoire a déchaîné en lui est toujours tenace et l’auteur saisit de sa plume les effluves d’un "passé qui ne passe pas".

Révélation de la rentrée littéraire 2011, Alexis Jenni remporte le Prix Goncourt avec un premier roman surprenant de maturité, L’Art français de la guerre, chez Gallimard. Un bel accomplissement pour cet ouvrage de plus de 600 pages, résultat de 5 ans de recherches et d’écriture. Pour Patrick Rambaud, jury du Goncourt, « C’est un roman naturaliste par sa méthode, musclé par son style, enlevé comme un chant, inspiré comme une méditation qui court sans jamais peser, atroce comme un procès verbal ».

L’Art français de la guerre est un roman aux multiples facettes qui résulte des diverses envies de son auteur, entre récit d’aventures et réflexion sur l’héritage des conflits coloniaux ; il oscille entre essai et épopée, fait se côtoyer descriptions brutes, limpides, et images plus poétiques qui appellent à la lecture. Le récit présent du narrateur qui voit la guerre du Golfe se dérouler sur petit écran est mêlé à celui, au passé, d’un ancien combattant de l’Indochine et de l’Algérie. Cette rencontre entre les deux personnages, et cet entrelacement temporel posent la question qui est la thèse de l’auteur : la France ne conduit-elle pas une seule et même guerre depuis 1945 ? Une réflexion qui entre en résonance avec les préoccupations actuelles et le débat sur l’identité nationale.

En 2017, il participe à un projet littéraire lancé par l’association Vrac, qui valorise l’alimentation bio. Femmes d’ici, cuisines d’ailleurs donne la parole à 15 femmes du quartier de Vaulx-en-Velin à Lyon, venant de 15 pays différents, qui partagent leurs recettes et leurs histoires dans un très beau livre mêlant cuisine, dessin, photographie et texte.

Alexis Jenni signe un troisième roman la même année, La conquête des îles de la Terre Ferme, dans lequel un ancien compagnon de Cortès revient, au crépuscule de sa vie, sur ses souvenirs de la conquête de l’empire aztèque. Juan, que le conquistador appelle Innocent, s’embarque pour le Nouveau Monde vingt ans après l’arrivée de Christophe Colomb sur le continent américain, et suivra Cortès dans la prise de Mexico-Tenochtichlan en 1521. Alexis Jenni retranscrit, dans un registre pictural, la violence, le sang et les richesses. Il montre l’incompréhension mutuelle entre les deux civilisations mais raconte l’histoire du point de vue des vainqueurs, désenchantés, dépassés par les conséquences de leurs actions. Un roman documenté, aux facettes multiples, qui dépeint un pan mythifié de l’histoire du monde dans un style haletant, tout en proposant une réflexion sur le pouvoir, l’avidité et la religion.

Son nouveau roman met en exergue la dimension malsaine et presque fantomatique de la guerre d’Algérie. En mêlant deux récits, Alexis Jenni mène une réflexion profonde sur cet épisode de l’Histoire. Jean-Paul, appelé en Algérie, bascule avec brutalité dans un tourbillon de violence meurtrière. L’auteur nous relate son entrée dans des mouvements extrémistes, notamment l’Organisation de l’Armée Secrète, au sein de laquelle il s’adonne à des actes terroristes. Le récit effectue des allers et retours entre le début des années 1960 et aujourd’hui, donnant également à voir un Jean-Paul de presque 80 ans virulent, amer, en proie à ses démons et à ses souvenirs de guerre. Pour l’écrivain, la guerre d’Algérie s’apparente à un "noyau enkysté dans notre histoire contemporaine, qui dégage toujours un rayonnement maléfique malgré le sarcophage de béton dont on a tenté de le recouvrir".


Bibliographie

  • Féroces infirmes (Gallimard, 2019)
  • Vertus de l’imperfection (Bayard, 2018)
  • La conquête des îles de la terre ferme (Gallimard, 2017)
  • Femmes d’ici, cuisines d’ailleurs (Albin Michel, 2017)
  • Une vie simple (Albin Michel, 2017)
  • Les Mémoires dangereuses (Albin Michel, 2016)
  • La nuit de Walenhammes (Gallimard, 2015)
  • Son visage et le tien (Albin Michel, 2014 - réédition en poche 2018)
  • Le monde au XXIIe siècle (PUF, 2014)
  • Jour de guerre. Reliefs de 1914-18, les photos en relief du programme de France 2 (Éditions du toucan, 2014)
  • Élucidations (Gallimard, 2013)
  • L’Art français de la guerre (Gallimard, 2011)
Féroces infirmes

Féroces infirmes

Gallimard - 2019

Féroces infirmes entrecroise deux récits : le premier se situe entre la fin des années 50 et le début des années 60. Il met en scène le destin de Jean-Paul, jeune lyonnais de 20 ans travaillant dans un cabinet d’architecture, soudain appelé en Algérie. Là-bas, sa vie bascule assez vite. Il apprend à tuer, à chasser, à survivre. Au bout de deux ans, éreinté, il déserte, mais ne renonce au combat. À Alger où il se terre, il participe aux coups de mains de l’OAS puis décide finalement de rentrer en France où il est toujours clandestin. Amoureux d’une femme qu’il a rencontrée sur le bateau du retour, sa vie hésite. D’un côté il se réinsère. De l’autre il fréquente des milieux extrémistes qui vont lui demander d’assassiner le « Général ». Le second récit nous fait retrouver Jean-Paul aujourd’hui, dans une tour d’un grand ensemble construit dans les années 60 pour les rapatriés d’Algérie, entre autres. Il a presque 80 ans, son fils s’occupe de lui, ses voisins de paliers sont d’anciens émigrés d’Afrique du nord et leurs descendants. Jean-Paul, à moitié dément, profère à longueur de journée des insultes racistes. Son fils se heurte à la violence de ces éructations autant qu’à son silence sur son passé d’appelé de la guerre d’Algérie. Un soir, sur les indications de Jean-Paul, le narrateur découvre que le fils de leur voisin cache des armes dans les caves où se réunissent des salafistes. Une descente de police musclée, mettra un terme brusque à leurs activités. Quel lien tisser entre ce qu’ils fomentaient et les guerres perdues du père ? Une fois de plus Alexis Jenni utilise le roman pour questionner la guerre, son sens dans la vie d’un homme, et sa mémoire difficile des décennies après.

Femmes d'ici, cuisines d'ailleurs : Trésors culinaires familiaux

Femmes d’ici, cuisines d’ailleurs : Trésors culinaires familiaux

Albin Michel - 2017

Quinze femmes ouvrent leur cuisine, et font partager LE plat auquel elles tiennent. Un plat de famille venu d’ailleurs, simple et délicieux, qui évoque les souvenirs et réchauffe les coeurs.
Tout en le préparant, elles racontent comment on leur a transmis, comment elles l’ont transformé, et puis finalement toute leur histoire, comment elles sont arrivées en France, et comment elles y vivent.
Le récit délicieux de la vie de quinze femmes dans la France d’aujourd’hui qui révèlent leurs trésors culinaires familiaux.


Revue de presse

« Des portraits de femmes nourricières aux origines multiples, touchantes et savoureuses, qui dessinent un terroir français bien ignoré : celui de la banlieue et de ses métissages. »

(Télérama)

« Intelligent, subtil et même poétique, ce beau livre mêle textes, photos et dessins… intellectuellement nutritif et aussi doux qu’un bon dessert »

(Alternatives économiques)

« On dévore le livre comme on a envie de dévorer les plats, attablé avec ces formidables femmes-là. »

(La Voix du Nord)


Les Mémoires dangereuses

Les Mémoires dangereuses

Albin Michel - 2016

Avec Benjamin Stora

La France n’en a pas fini avec son passé colonial qui a imprégné durablement les imaginaires et a constitué un socle idéologique sur lequel le Front national s’est construit historiquement. En 1999, dans Le Transfert d’une mémoire, Benjamin Stora avait décrit l’arrivée en métropole des mémoires blessées, rapatriées d’Algérie sur les bateaux de 1962. Cet ouvrage était une formidable anticipation de la résurgence de l’imaginaire colonial en France. Il est ici réédité et actualisé.
Alexis Jenni s’était inspiré de ce livre pour son Art français de la guerre. Un dialogue inédit entre l’historien et l’écrivain permet d’éclairer à la fois la nature de cet imaginaire colonial et son actualité, dans une France secouée par les grands défis qui se présentent après le « Choc de janvier 2015 ». Face aux crispations identitaires, et à la violence du passé qui fait retour, cet ouvrage invite à mener une bataille culturelle décisive : connaître et intégrer l’histoire du Sud pour sortir d’un imaginaire obsolète et affronter les enjeux du présent.


Revue de presse :

  • « En ce début de 21ème siècle, marqué par la mondialisation, notre société se pense toujours comme le centre d’une histoire uniquement européenne et occidentale. Pourtant, elle est travaillée par son passé colonial, par ses "mémoires dangereuses" qui n’arrivent toujours pas à être prises en compte sereinement dans le débat public… »
    France inter

Elucidations

Gallimard - 2013

Elucidations n’est pas un ample roman comme l’Art Français de la guerre, mais au contraire un recueil de textes très brefs, qualifiés d’« anecdotes » dans le sous-titre. Cinquante, exactement, écrites à la première personne du singulier, qui dessinent peu à peu un paysage mental. Ces anecdotes sont toutes construites de la même manière. Jenni rapporte dans un premier temps un souvenir –d’enfance généralement – auquel il juxtapose un autre récit, parent du premier, puisé cette fois dans l’expérience présente de l’auteur. Un principe de juxtaposition qui lui permet d’observer et d’analyser cette part de discontinuité et de distorsions qui nous habite et que la plupart du temps nous nous efforçons de gommer. Chaque anecdote en contient donc deux, entrechoquées l’une avec l’autre.Quelques exemples parmi les cinquante : le souvenir de son père lui apprenant les phénomènes physiques, les dalles pleines de fossiles du quartier où il vit à Lyon aujourd’hui, les grands ensembles qu’il aime habiter, le souvenir de sa mère à contrejour dans la lumière de son enfance, tout ce qu’il a lu au long de sa vie, tout ce qu’il a oublié aujourd’hui.Au premier abord, ces textes brefs nous font penser à un glaneur de souvenirs à la recherche d’impressions fugaces. Mais Jenni ne cultive pas des sensations universelles, au contraire, il veut révéler ce qu’a de totalement particulier notre expérience individuelle du monde. Tantôt mélancoliques, tantôt absurdes, tantôt amusées, ces « anecdotes », ne sont jamais monotones. Méditations simples et accessibles, elles témoignent d’un regard étonnamment modeste de l’auteur sur soi. L’enjeu n’est pas ici la connaissance, le savoir. Rien n’est péremptoire dans ce livre où les explications rationnelles ou doctorales sont bannies. C’est le familier qu’explore Jenni et qu’il ne quitte jamais – comme Lyon et la Saône où ses pas finissent toujours par le ramener.Une excursion originale et autobiographique hors du roman, qui surprendra mais intéressera certainement de la part d’un prix Goncourt.


L’art français de la guerre

Gallimard - 2011

L’art français de la guerre J’allais mal ; tout va mal ; j’attendais la fin. Quand j’ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l’avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n’arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu’aux coudes. Mais il m’a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l’armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails. Il m’apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l’art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l’émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue.

Les grands débats en vidéo

Littérature-monde en français

Saint-Malo 2012

Avec Carole Martinez, Alexis Jenni, Maylis de Kerangal, Wilfried N’Sondé, Sami Tchak.

Les cafés littéraires

Littérature-monde en français

Saint-Malo 2012

Avec Carole Martinez, Alexis Jenni, Maylis de Kerangal, Wilfried N’Sondé, Sami Tchak.

Roman et Histoire

Avec Alexis Jenni, Raphaël Jerusalmy et Giles Milton - Saint-Malo 2018

Avec Alexis Jenni, Raphaël Jerusalmy et Giles Milton, traduit par Jocelyne Bourbonnière.
Animé par Hubert Artus


Les mots de la guerre

Avec Nicole Roland, Velibor Colic et Alexis Jenni - Saint-Malo 2012

Une rencontre entre Nicole Roland, Velibor Colic et Alexis Jenni, animée par Marie-Madeleine Rigopoulos.


Faire face à son passé

Avec Colette Braeckman, Alexis Jenni, Frédéric Debomy et Olivier Bramanti - Saint-Malo 2012

Avec Colette Braeckman, Alexis Jenni, Frédéric Debomy et Olivier Bramanti